Plat dit « de la Tempérance ». Vers 1875/1880

Objet vendu

Plat dit « de la Tempérance »

Grès vernissé à couverte bleue
Allemagne, suiveurs de Palissy et son école, Merkelbach & Wick

Vers 1875/1880

Diamètre : 41,5 cm.

Signé à l’arrière M&W pour Merkelbach & Wick

Le Plat de la Tempérance, une pièce d’orfèvrerie de terre de la Renaissance

Le plat de la Tempérance est un chef d’œuvre de la Renaissance Française en terre vernissée, attribué à l’école de Bernard Palissy, probablement à ses deux fils. Plusieurs exemplaires sont aujourd’hui conservés au musée du Louvre, au Metropolitan Museum de New-York, au Victoria and Albert Museum ainsi que dans quelques collections privées.
Son programme iconographique complexe se lit à partir de l'ombilic central et s'articule en zones concentriques où alternent des allégories dans des cartouches ovales et des éléments décoratifs. Au centre du bassin se trouve l’allégorie de la Tempérance, surmontée de l’inscription latine « Temperantia ». Cette vertu cardinale de la Philosophie antique est accompagnée de ses attributs : une coupe et un pichet. Autour d’elle figurent quatre cartouches dans lesquels s’inscrivent les allégories des Quatre éléments : Aqua (l’Eau), Terra (la Terre), Ignis (le Feu), et Aer (l’Air). La Tempérance doit les dominer pour les rendre bénéfique, car l’intempérance de l’un d’eux créerait le désordre. C’est la raison pour laquelle elle occupe une position centrale dans le bassin.
Sur l'aile du plat, nous trouvons huit cartouches, dont sept représentent les Arts libéraux . Le quadrivium Géométrie, Arithmétique, Musique, Astronomie sur la gauche du plat répond ainsi à droite au trivium Grammaire, Dialectique et Rhétorique. Le huitième cartouche est occupé par Minerve, déesse de l'Intelligence, de la Sagesse, protectrice des Arts libéraux et de la Science. Chaque figure allégorique est entourée des attributs qui la personnifient.
La Tempérance occupe aussi une position centrale parmi les Arts libéraux car elle est aussi nécessaire à l’homme qui veut exceller dans les Arts et les Sciences. Ces cartouches alternent avec des ornements issus de l’Ecole de Fontainebleau : mascarons, cuirs enroulés, arabesques, feuillages, fruits, oiseaux, chevaux, insectes ou encore figures en termes.

A la Renaissance, lorsque la majolique italienne fait une place importante au décor peint sur émail stannifère, la production française reste largement dominée par la terre vernissée.
Durant cette époque d'innovations et de recherches, les décors français sont réalisés grâce à des procédés techniques sophistiqués comme l’estampage et le moulage. Le Plat de la Tempérance est ainsi un formidable exemple du décor "a istoriato" à la française, où les scènes ne sont pas peintes mais moulées. Cette technique du moulage est bien connue dans l’œuvre de Bernard Palissy. Il l’utilisa à l’origine pour réaliser en terre vernissée des moulages de médailles en bronze, la plus connue étant celle du connétable Anne de Montmorency, conservée au Musée d’Ecouen . Cette technique est aussi mise en œuvre au XVIe siècle pour réaliser une orfèvrerie de terre comme de grands plats ou des aiguières et leurs bassins, dont le décor trouve un plein épanouissement en plein maniérisme. Les princes de la Renaissance exposent alors leurs orfèvreries de terre sur de grands dressoirs.

Cette technique du moulage et de l’estampage ne doit pas nous faire oublier l’influence de l’art du métal. Il est en effet la transposition avec quelques variantes d'un bassin et son aiguière en étain de François Briot (1550-vers 1616) , un huguenot installé dès 1581 à Montbéliard travaillant pour la Maison de Wurtemberg. Le plat de la Tempérance exécuté en métal fut probablement créé à l’origine pour le duc Frédéric Ier de Wurtemberg. Jessie Mac Nab, lors de la nouvelle présentation des céramiques françaises du Metropolitan Museum à New York en 1987, a suggéré que ce plat a pu être produit en argent, mais aucun exemplaire n’est connu à ce jour. Il reprend l'organisation décorative et la forme des grands plats de métal du XVIe siècle. Beaucoup plus rare en céramique qu’en métal, une trentaine de plats de la Tempérance en étain de F. Briot sont actuellement répertoriés, la majeure partie étant conservée dans des musées. Le musée du Louvre présente par ailleurs un plat identique à celui de F. Briot, issu de l’ancienne Collection Sauvageot, et réalisé par Isaak Faust (1606-1669) durant le second quart du XVIIeme siècle à Strasbourg. L'origine des allégories des arts libéraux et des quatre éléments est à quant à lui à rechercher dans les plaquettes de l'orfèvre Caspar Enderlein (1560-1633), potier d'étain à Nuremberg.

Le renouveau du Plat de la Tempérance » au XIXe siècle et la Société Merkelbach & Wick

Tombé dans l’oubli, le Plat de la Tempérance est redécouvert au XIXe siècle. La mode est alors à l’Historicisme et l’esthétique de la Renaissance Française retrouve un engouement.
Lors de l’Exposition Universelle de 1867, Charles Duron présente un bassin et son aiguière de la Tempérance, copiés sur le modèle de la Renaissance. Il remporte la médaille d’or de l’exposition et l’Empereur Napoléon III les reçoit en cadeau. Le plat et son bassin de la Tempérance acquiert alors une grande renommée dans le domaine des arts décoratifs et reste depuis cette époque une pièce emblématique de la production palisséenne. Bernard Palissy et son école sont aussi repris par des suiveurs à Tours (Charles Avisseau et Auguste Chauvigné), à Paris (Georges Pull) et à Angoulème (Alfred Renoleau).

Outre-Rhin, une manufacture s’intéresse aussi aux productions de Bernard Palissy et son école. Il s’agit de la société Merkelbach & Wick. Elle avait été fondée en 1872 par Friedrich Wilhelm Merkelbach II (1840-1896) et le sculpteur et modeleur Georg Peter Wick (1837-1914) dans la ville de Grenzhausen. Ils restent tous deux connus dans l’histoire de la Céramique pour avoir inventer des grès ivoire (Elfenbeinsteinzeug) en 1883. Ils semblent avoir réalisé au début de leurs entreprises, vers 1875/1880, de grands vases, des aiguières ou encore quelques grands plats d’apparat dans un style historiciste comme le Plat de la Tempérance présenté par Expertissim. Celui-ci reprend très fidèlement l’iconographie du modèle du XVIe siècle. Ces pièces étaient destinées à meubler et décorer les grandes demeures construites dans un style médiéval ou néo-renaissance durant la seconde moitié du XIXe siècle.
Dès 1903, l’évolution de la mode les obligea à se concentrer sur l’Art Nouveau (Jugendstil). Ils engagent alors des artistes comme Peter Behrens, Albin Müller ou Henry van de Velde pour créer de nouveaux modèles puis l’entreprise est dissoute en 1921.
Le Victoria & Albert Museum conserve plusieurs grès vernissés à décor historiciste et à couverte bleue comme le plat présenté par Expertissim. Ils reprennent le décor de grès allemands du début du XVIIe siècle. Cette collection avait été acheté par Louis Ravené, un marchand d’art de Berlin, puis fut léguée au Victorian & Albert Museum (numéro d’inventaire : 941-1875, 941A-1875, 946A-1875, 947-1875, 947A-1875). Ils sont actuellement exposés dans les Ceramics Study Galleries du musée (Britain & Europe, room 139).

Bibliographie :
AMICO, Léonard, A la recherche du Paradis terrestres, Bernard Palissy et ses continuateurs, Paris 1996.
AMICO, Léonard, Les céramiques rustiques authentiques de B. Palissy, Revue de l’art, 78, 1987, p. 33-60 et p. 61-69.
BALLOT Marie-Juliette, Bernard Palissy et les fabriques du XVIe siècle, La Céramique française - Musée du Louvre, Paris, Éditions Albert Morancé, 1924.
DASSAS, Frédéric, La Terre vernissée dite de Bernard Palissy, Paris, Musée du Louvre, 1995, Feuillets du Louvre n°6/31.
FOURNERY, Nicolas, Catalogue de la Galerie Christophe Perlès, Bassin d’aiguière dit « de la Tempérance », Ecole de Bernard Palissy, fin du XVIe siècle, 2010, p. 16-19.
GIBBON, A, Céramiques de Bernard Palissy, Librairie Seguier, Paris, 1986
Les Objets d'art. Moyen-Age et Renaissance, Guide du visiteur. Louvre, Paris, Editions de la Réunion des Musées nationaux, 1994, p. 153-154.
MAC NAB, Jessie, Palissy et son école dans les collections du Metropolitan Museum of Art de New York, 1987.
NORMAN, A, Wallace Collection catalogue of Ceramics 1, Pottery, Maiolica, Faience, A.V.B. Norman, 1976.
ROTSCHILD (de), G, GRANDJEAN, S, Bernard Palissy et son Ecole, Editions Pont des Arts, 1952.
TAINTURIER, A, Les terres émaillées de Bernard Palissy, Librairie Victor Didron, Paris, 1863.

Provenance :

  • Pièces :  1
  • Référence Expertissim : 2012110686