Paire de grands vases triple-gourde en faience de Berlin

Objet vendu

Rare paire de grands vases triple-gourde en faïence de Berlin à décor sur fond rouge de personnages chinois dans des paysages de pagodes.

Vers 1840

Hauteur : 58 cm.

Un col accidenté et recollé. Petits éclats et manques


Provenance :
- Succession du marquis de Bonardi, grand salon du Château de Plancy.

Célèbre demeure de Champagne, le Château de Plancy fut construit en 1764 par le marquis Claude Godard d’Aucour de Plancy (1716-1795). Fermier général puis Receveur Général des Finances, il est notamment l’auteur des Mémoires turcs, avec l'Histoire galante de deux jeunes Turcs durant leur séjour en France (1745), un roman qui remporta un vif succès lors de sa parution. Il avait épousé en 1747 Claire Poisson, une cousine germaine de la marquise de Pompadour, qui figurait lors de la liquidation de la Compagnie des Indes en 1793 parmi les principaux actionnaires.
Leur petit-fils Adrien, qui partagea sa vie entre son hôtel particulier de la rue Vivienne (au n°22) et le Château de Plancy, épousa Sophie-Dorothé Lebrun (fille du troisième Consul, duc de Plaisance et de l’Empire, Prince-Architrésorier de l’Empire). Le destin de la famille d’Aucour de Plancy fut intimement lié à celui de l’Empereur. Le contrat de mariage d’Adrien de Plancy et de Sophie-Dorothée Lebrun fut d’ailleurs signé par le 1er Consul et toute la famille Bonaparte en 1802. A la fin de l’Empire, les d’Aucour furent parmi les derniers fidèles Napoléon, qui passa d’ailleurs la nuit précédant la bataille d’Arcis au Château de Plancy. Auguste Godar d’Aucour, un des fils d’Adrien, fut par ailleurs le premier écuyer de Jérôme Bonaparte.
Le château et son entier mobilier furent transmis par descendance au XXe siècle à la famille Bonardi.


La faïence de Berlin

Berlin est connue dans le domaine des arts du feu pour avoir réalisé des vases en faïence, souvent de grandes tailles, recouverts d’une couche de laque de couleur rouge-orangé, brune ou encore noire, imitant les laques japonaises.

La forme de ces vases se réfère à des modèles orientaux, chinois ou japonais, connus en Europe dès le XVIIe siècle grâce à l’exportation de porcelaines en provenance de l’Orient.
Dès le XVIIe siècle, la forme des vases présentés par Expertissim avait été reprise par les faïenciers européens. Le Département Objets d’art du Musée du Louvre conserve d’ailleurs une paire de vases assez similaire à celle présentée ici mais en faïence de Nevers à fond bleu persan et orné d’un décor au chinois en blanc fixe (vers 1680, OA3831-3832).
Les décors laqués des vases en faïences de Berlin sont le plus souvent ornés de motifs floraux mais les plus délicats, comme celui de cette paire de vases, sont peints de scènes de palais animés ou de chinois évoluant dans des paysages.
Ces objets participaient pleinement à cette mode de la Chinoiserie, cette vision européenne d’un orient rêvé, d’un monde paisible et idéalisé. S’épanouissant particulièrement en France et plus largement en Europe au XVIIIe siècle, la Chinoiserie semble perdurer dans les états allemands jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. Elle connait même un renouveau dans la première moitié du XIXe siècle en Prusse, se manifestant particulièrement par un goût pour les objets en laque et les porcelaines de Chine.
La datation de ce type de vases n’est pas clairement définie. Certains auteurs datent ces faïences de Berlin du XVIIIe siècle mais d'après le Pr. Samuel Wittwer (M. Kopplin, Schwartz Porcelain : Die Leidenschaft für Lack und ihre Wirkung auf das Europaïsche Porzellan, Münster, 2003, pp. 237-249), elles semblent avoir été réalisées à Berlin au début du XIXe siècle afin de satisfaire la demande d'un cercle restreint d'amateurs. C'est vers 1840 que l'on recense en effet pour la première fois des achats de vases similaires dans les comptes des Hohenzollern, la famille royale de Prusse. Certaines de ces faïences sont encore aujourd'hui conservées au château de Charlottenburg à Berlin, au Nouveau Palais de Potsdam ou au Musée du Lacq à Münster. Enfin, un ensemble important de vases en faïence de Berlin a été vendu lors de la dispersion des collections du comte de Iveagh à Elveden Hall (Christie’s, 22-24 mai 1984, lot 2333-2336).

La technique utilisée, les influences subies, les différentes formes réalisées et cette décoration insolite concourt à dire que cette production berlinoise des arts du feu figure sans doute parmi les plus belles de son temps.


Pièces en comparaison :
- Pour une paire de vases similaire conservée à Hambourg au musée für Kunst und Gewerbe, voir M. Kopplin, Schwartz Porcelain : Die Leidenschaft für Lack und ihre Wirkung auf das Europaïsche Porzellan, Münster, 2003, p. 238.
- Pour une paire de vases balustre à fond noir, voir Christie’s New York, Rockefeller Plaza, 22 mai 2002, lot 458
- Pour un très grand vase balustre, voir Christie’s Londres, King Street, 7 juillet 2005, lot 347
- Pour une paire de vases balustre, voir Christie’s Londres, King Street, 7 juillet 2005, lot 348
- Pour une paire de vases balustre (sans leurs couvercles), voir Christie’s Londres, King Street, 7 juillet 2005, lot 349
- Pour une rare garniture de cinq pièces composée de trois vases cornet et de deux vases couverts à fond noir, voir la vente Sotheby’s New York, 4 novembre 2011, Property from the Collection of Carl DeSantis, lot 241
- Pour une paire de grands vases rouleaux provenant de la Galerie Ariane Dandois, voir la vente Sotheby’s, Paris, 20 avril 2012, lot 60
- Pour un vase balustre avec une monture en bronze doré, voir la galerie Mallett Antiquites, 2012.

Bibliographie :
- W. Holzhausen, Lackkunst in Europa, Munich, 1982, pp. 271-281
- M. Kopplin, Schwartz Porcelain : Die Leidenschaft für Lack und ihre Wirkung auf das Europaïsche Porzellan, Münster, 2003
- M. Kopplin, Europäische Lackkunst, Münster, 1999, cat. 30, pp. 184-187
- G. de Plancy, Le marquisat de Plancy, par, éd. Le Livre d'Histoire, 2005
- Philippe Seydoux, Châteaux et manoirs de Champagne, éd. de la Morande, 1993

Provenance :

  • Pièces :  2
  • Référence Expertissim : 2013010314