Emile Ollivier. Lettre autographe signée

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Emile OLLIVIER (1825-1913) Ministre de la Napoléon III

Lettre autographe signée de son paraphe à sa chère amie. Pollone, 2 novembre 1872. 4 pp. in-8, des ratures et corrections, légèrement froissée.

Très belle lettre politique de l’ancien ministre de Napoléon III, livrant ses réflexions très critiques sur l’attitude de Thiers, devant la tentative de restauration d’une monarchie en France ; Ce que je pense du message ? Que Mr Thiers est un grand politique, qu’il dépasse Talleyrand, qu’il est devenu définitivement digne de poser devant le Machiavel futur, et de l’inspirer comme Borgia inspirât l’autre (sans comparaison). Il sait que les d’Orléans sont aussi surannés et aussi impossibles que Chambord, que tout ce monde est de l’antiquaille démodée et il s’en moque. Il sait que la France est et restera démocratique, (…) Et il tourne le dos aux royalistes (…). Il sait que le parlementarisme est aussi fini que ceux qui l’ont inventé, que désormais la France ne se gouvernera que par des dictatures héréditaires ou non, avec des intermittences de Jacquerie et de Saturnales ; et après nous avoir enseigné le parlementarisme pendant 40 ans, il lui dit raca, et je ne suis pas bien sûr qu’il ne rêve de plébiscite (…). Il ronge son serment de Bordeaux et il crie de sa voix aiguë, chère aux bourgeois : Vive la République conservatrice. Et la tourbe répond : Vive Thiers ! Qu’on lui élève des statues ! (…) Gambetta rit et prépare la liste de ses ministres, de ses préfets, (…) et médite sur le choix du général qui sera chargé de fusiller et déporter son peuple, lorsqu’il criera à son tour Vive la République conservatrice, au milieu des deux centres enfin réunis ! J’aime autant admirer tout cela de loin que de près et ne pouvant m’élever aux sublimités de la République conservatrice de Mr Thiers ; je reste dans mon coin à causer avec ceux qui ont assisté aux mêmes spectacles (…). Mon livre a obtenu tout le succès auquel il pouvait prétendre en ces temps troublés où l’on se soucie fort peu de l’art et du beau, et où la femme de feu a 7 éditions en 8 jours (…).
Ollivier salue à ce propos les articles de Henri d’Ideville et du comte de Pontmartin. Suivent ses remarques sur le cours de la politique et le sens du régime politique, évoquant ses premiers pas de ministre auprès de l’Empereur ; République conservatrice, cela veut dire nous voulons garder nos places et nos fortunes ; République radicale, nous voulons vous prendre celles des autres. Et malgré cela il faut aimer le pauvre (…). Ni les républicains conservateurs, ni les républicains radicaux ne mériteront d’éloge. L’Empereur l’obtiendra. Son dévouement aux classes souffrances n’a pas été un moyen de régner, mais un sentiment profond. N’étant pas encore ministre, j’entrai dans son cabinet le jour même où il venait d’apprendre la nomination de Rochefort. Un outrage personnel que lui fesait le peuple de Paris. Il en était fort affecté. Cependant un moment après, il me dit avec sa douceur pénétrante : « Je ne prendrai pas de ministres qui n’aiment pas le peuple. » Pauvre homme ! Quel calvaire du 6 août au 2 septembre ! Comment cela n’a-t-il pas attendri les plus féroces (…). Il termine en qualifiant Napoléon III d’homme de cœur, le comparant aux grands hommes qui ont fait l’Histoire de France.

Provenance :

  • Pièces :  1
  • Référence Expertissim : 2013050721