René Lalique (1860-1945), Et le verre se fit art
René Lalique (1860-1945), une vie, un nom
René Lalique est l'un des premiers artistes à développer l'artisanat d'art. Ses talents de dessinateur, qui se sont développé très tôt dans un milieu familial fécond, lui permettent de quitter son village natal (Marne) à l'âge de douze ans. Il travaille quelques temps chez le joaillier Louis Aucoq avant d'aller se former au Sydenham Art College de Londres. A son retour en 1880, l'artiste travaille chez les plus grands tels que Boucheron, Georges Fouquet ou Cartier. C'est en 1882 qu'il devient dessinateur concepteur indépendant pour ces très prestigieuses maisons parisiennes : il commence alors à se faire un nom au sein de ce cercle précieux. Le dessin a toujours été l'instrument du génie créatif de René Lalique. Aujourd'hui encore, chaque pièce naît du geste de l'artiste, élément essentiel de l'osmose entre création et matière. En 1895, René Lalique ouvre sa première boutique sur la très prestigieuse place Vendôme et expose pour la première fois des bijoux en son nom au salon de la Société des Artistes Français. Deux ans plus tard, il y reçoit la Médaille de Première Classe et la croix de Chevalier de la Légion d'Honneur. Baptisée par les titres les plus honorifiques, sa carrière officielle est unanimement reconnue dès la fin du XIXe. Emile Gallé le désigna même comme le précurseur du bijou moderne, le musée des Arts Décoratifs intègrent des pièces Lalique : l'artisanat est devenu oeuvre d'art. Dès lors qu'il est reconnu, René Lalique ne fixe plus aucune limite à sa créativité, en témoigne la fameuse série de peignes en corne qui suscita les éloges dithyrambiques de la presse lors du salon de 1898. Il n'hésite pas à employer des matières inédites traditionnellement mal connotées mais il sait leur donner leurs lettres de noblesses : la corne, l'ivoire, l'émail et bien entendu le verre qu'il associe à l'or et aux pierres précieuses passent inlassablement entre ses ateliers. Il aime parer la femme d'accessoires précieux et raffinés parmi lesquels des sacs du soir, des étoles et des ceintures mais il renouvelle aussi le répertoire traditionnel en inventant des montres-colliers ou des montres-broches. L'utilité de l'objet n'est plus que sous-jacente, le bijou prédomine sur l'intérêt de la pièce. L'Exposition universelle de 1900 marque sa première consécration mais inaugure aussi une série de grandes expositions Européennes et Américaines au cours desquelles le succès de Lalique ne cesse de croître. Mais Lalique, essentiellement reconnu pour ses bijoux au XIXe, ouvre progressivement une voie vers la verrerie dès 1890. Sa rencontre avec le parfumeur François Coty en 1908 est décisive en ce qu'elle l'amène à créer des flacons de parfums uniques dont le but est de sublimer l'essence qu'il contient. Cette production luxueuse et féminine connaît encore aujourd'hui un vif succès, réunissant avec avidité collectionneurs et passionnés. S'y ajouteront progressivement des boites, des vases ou des luminaires et des rondes-bosses. La verrerie permet d'innover en matière de procédés de fabrication, si bien que ses techniques de moulage inédites sont déposées et défendues. Il implante la première verrerie Lalique digne de ce nom en 1918, en Alsace à Wingen-sur-Moder, là où le futur musée Lalique prévoit de s'ouvrir au printemps 2011. Après la première guerre mondiale, il oriente ses créations de l'art Nouveau à l'Art déco tout en ouvrant la voie à l'industrialisation des objets d'arts. René Lalique veut réellement inscrire le luxe au quotidien et pour ce faire, l'industrialisation des objets d'art est essentielle. Il se lance alors dans une création passionnée d'objets usuels non sans valeur artistique tels que les coupes, les vases, les chandeliers et même les bouchons de radiateurs de la Citroën 5 CV (1925). Il revêt également la chemise de décorateur à l'occasion de l'embellissement des wagons-restaurants de l'Orient Express en 1929 ou de la salle à manger des premières classes du paquebot Normandie en 1936. Reconnu officiellement de tous depuis 1900, il reçoit de nombreuses commandes monumentales comme les vitrages, la colombe et les lampes liturgiques de l'église sainte-Nicaise de Reims ou le retable de l'église Saint Mathieu à Millbrook (Jersey).
Lalique après René (1945-2008)
Suite aux difficultés sociales, financières et matérielles provoquées par la seconde guerre mondiale, la verrerie de Wingen-sur-Moder subit de graves dommages et la demande diminue. En 1945, René Lalique fait quelques essais de sculpture de cristal mais meurt la même année avant d'avoir pu concrétiser ses recherches. Son fils Marc accède alors à la tête de l'entreprise et met à profit ses qualités de technicien pour reconstruire et moderniser l'usine : le verre est définitivement abandonné au profit du cristal, expression maximale de la pureté siliceuse. Sous son impulsion, l'entreprise s'affirme parmi les grandes cristalleries françaises et étrangères, à tel point qu'aujourd'hui le cristal (en particulier la ronde-bosse) est presque spontanément associée au nom de Lalique. En 1977, Marie-Claude reprend l'affaire, exploitant de nouveau les motifs fondateurs de son grand-père : les « trois F » reprennent leurs droits et inscrivent la production de la fin du XXe dans le digne héritage de René. Depuis le rachat de la cristallerie en 2008 par le Groupe Pochet, les Sociétés Art et Fragrance et La Financière Saint-Germain, la production continue à osciller entre tradition et réinvention. Au XXe, on ne délaisse pas la verrerie classique et les usines rééditent régulièrement des oeuvres anciennes ; pourtant, les maîtres verriers de Wingen-sur-Moder, dont nombre d'entre eux ont été élus « Meilleur Ouvrier de France », continuent à donner vie à des oeuvres très contemporaines qui jouent sur les subtilités de lumières et de couleurs (tel le modèle « Tourbillon » commandé par le couturier et designer Patrick Hellmann). Dessin, expressivité, rigueur, excellence et novation restent les maîtres-mots
de Lalique depuis sa fondation. L'alliance et l'alternance déclicate de verre satiné (obtenu selon une technique déposée) et de transparence parfaite fait encore leur renommée aujourd'hui.
Femme, Faune et Flore : René Lalique magnifie les plus belles créations divines
Les « trois F », Femme, Faune et Flore, résument les thèmes d'inspiration de René Lalique. Véritable ode à la femme, l'oeuvre de Lalique est dominée par la figure féminine dont on exploite la douceur, les rondeurs et le modelé idéal : les reflets satinés exaltent sa grâce et le verre est en retour magnifié par ses courbes. Toujours sensuelle et presque érotique, la femme est le plus souvent représentée en tant qu'allégorie, parfois mi-femme mi-animal. Elle se glisse aussi bien dans des atmosphères mystérieuses et inquiétantes que dans des mises en scènes douces et éthérées qui la subliment et l'idéalisent, suivant les concepts oubliés de la Renaissance. Surtout lors de la période Art Nouveau, la faune et la flore ne manquent pas et s'enroulent même avec grâce autour des corps voluptueux : arbres, insectes, oiseaux, poissons, reptiles, fleurs ou fruits constituent un répertoire inépuisable tantôt stylisé, tantôt traité avec un naturalisme saisissant. Le bestiaire fantastique et le bestiaire fantasmé inspirent René Lalique qui leur donne vie : le maître-verrier est devenu un artiste, un créateur, et même le Créateur. C'est le cas du coq présenté par Expertissim : l'artiste est parvenu à donner à cette bête sauvage (ancêtre du coq domestique) un regard farouche grâce à des yeux perçants. Son plumage est dessiné avec une très grande précision, les écailles qui couvrent ses pattes rappellent avec justesse la texture particulière de la peau de l'oiseau et sa démarche droite et fière nous remémore que la prépondérance du dessin dans une création Lalique. La monochromie et la rigidité du matériau laissent place à la faune qui prend vie grâce à la virtuosité de la main de l'artiste.
Un style propre, un raffinement inimitable, qui su s'adapter à la demande moderne
Les premiers bijoux de R. Lalique sont originaux et précieux, parsemés de nombreuses pierres précieuses : malgré le savoir-faire de l'artiste et la richesse des matériaux, ce ne sont pas ces pièces que nous retiendrons de l'artiste. Emule des artistes japonais fasciné par la découverte de l'art occidental contemporain lors des expositions universelles, Lalique crée des bijoux-paysages, des bijoux-sculptures où s'exprime le symbolisme mêlé au naturalisme, sous forme de végétaux magiques, d'animal mythiques et de thèmes allégoriques. Sa production de la période de transition qui s'étend de 1895 à 1905 s'adapte parfaitement aux femmes contemporaines de la haute-société, de la bourgeoisie et du spectacle : la marquise Arconati-Visconti, la comtesse de Béarn, la princesse de Guermantes, Mme Waldeck-Rousseau ou Sarah Bernhardt se parent fièrement en Lalique, les bijoux dont le maître exposé au Musée des Arts Décoratifs. Puis, René Lalique s'adapte au style Art Nouveau grâce à l'explosion du décor floral et animal, épanoui sur les bijoux et les premiers verres. Cependant, ces motifs de courbes et contre-courbes enchâssés dans une composition chargée et animée ne plaira plus après 1918 ; Lalique se met à l'heure de l'Art Déco des années 1920. Il n'abandonne néanmoins pas les fers de lance de son répertoire mais toute l'innovation de la production est concentrée autour du renouvellement des formes. La meilleure maîtrise des modelés permettent d'ajouter des volumes et l'exploitation de matériaux inhabituels tels que la nacre, le cuir ou la corne, s'adaptent bien à l'exotisme du temps. L'artiste ne délègue à personne le dessin des modèles mais les fait réaliser par une équipe de ciseleurs, de sculpteurs et d'émailleurs rigoureux choisis avec soin par René Lalique en personne. Le but de la production d'entre-deux guerre est l'industrialisation, la production en grand nombre, la diffusion du luxe dans chaque foyer. Artisanat d'art et industrie doivent être étroitement liés pour servir le luxe et l'esthétique. Marc Lalique et la production de cristal ne suivent plus ce précepte avec rigueur, concentrant les efforts des maîtres-verriers sur la somptuosité de la pièce, pour diriger la production vers les clients de la haute-société. Au XXIe, Lalique sait conjuguer habilement simplicité, tradition et renouveau, rééditant des pièces majeures de verre pour les collectionneurs. Mais la marque cherche aussi la diffusion du nom, de la qualité et des pièces de cristal contemporaines à travers le monde afin de mieux cibler la nouvelle demande et au goût actuel.
Pauline Balayer (étudiante à l'Ecole du Louvre)
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Expert en arts décoratifs du XXe siècle
Référence : 150309
Signature : R. Lalique
Epoque : Années 1930/40
Dimensions : Hauteur : 41cm
Estimation :
700 €-1 000 €
LALIQUE René (1860-1945).
Motif décoratif "Coq de Jungle".
Épreuve de tirage industriel réalisée en verre blanc moulé-pressé.
Signé R. Lalique du cachet à l'acide.
(Accident et réparation à la crête du coq et infime éclat à la base).
Hauteur : 41cm
Modèle créé le 19 février 1936, figure sur le tarif de 1937, non continué après 1947.
- Bibl. Félix Marcilhac, "Catalogue raisonné" ref. n' 1124, rep. p. 493
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