Le doux regard d’une jeune femme blonde posé sur deux enfants poupins, des gestes gracieux, retenus et plein de douceur, un paysage bucolique dans lequel les personnages s’insèrent avec un naturel déconcertant et quelques petits arbres minces qui parsèment l’ensemble avec élégance. Expertissim présente une copie du XIXe d’une œuvre familière à l’amateur d’art souvent venu se perdre au Louvre. La Vierge à l’Enfant avec le petit saint Jean-Baptiste, ou La Belle Jardinière, comme on la surnomme, n’a pas pris une ride !
Une vie
Fils de Giovanni Santi, peintre reconnu d’Urbino, Raphaël naquit le 06 avril 1483. Dès le plus jeune âge, il apprend à manier huile et pinceaux dans l’atelier familial, puis il s’exerce auprès de Melozzo da Forli mais surtout de Pérugin, maître florentin incontesté dont il garde longtemps l’influence. Vers 1500, le jeune artiste possède déjà son propre atelier et dirige élèves et assistants, bien qu’il continue à se former. Raphaël arrive à Florence en 1505, à une époque où travaillent les plus grands, tels que Michel Ange, Fra Bartolomeo ou Léonard de Vinci. Cette génération florentine d’exception, à laquelle se joint l’artiste d’Urbino, forme ce que les historiens de l’art appelleront la « haute Renaissance ». Raphaël profite alors de se milieu culturel très riche pour perfectionner sa technique et s’inspirer des nouvelles manières de composer et de disposer les personnages dans l’espace ; la Belle Jardinière, qui aurait été peinte à la fin de cette période florentine, résulte tout à fait de ces nouvelles façons de peindre. C’est l’occasion pour notre peintre d’Urbino d’apprendre à se détacher très progressivement du dolce stile presque stéréotypé du Pérugin : il sait désormais doter ses figures d’une expressivité très particulière.
Le Quatrocento est définitivement enterré lorsqu’il quitte Florence pour Rome en 1507, appelé par le Pape Jules II della Rovere pour décorer les trois chambres du Vatican dans le cadre d’un gigantesque programme d’urbanisme politique : il peint alors ses fresques les plus connues (L’Ecole d’Athènes), mais s’en rend-il seulement compte ? Du haut de ses vingt-cinq ans, Raphaël devient l’un des plus grands talents du XVIe siècle, une personnalité en vogue, que tous réclament. La mort de Jules II ne sera pas sans douleur pour l’artiste, mais Léon X s’investira tout autant que son prédécesseur dans les affaires culturelles de Rome ; Raphaël voit alors ses responsabilités croître. Chargé des fouilles archéologiques de la ville et du projet de la basilique Saint-Pierre, il joue un rôle culturel majeur en ce début de siècle : plus qu’un artiste, Raphaël est devenu un homme d’action. Malgré tout, il ne s’arrête pas de peindre, en témoignent la Dona Velata, la Transfiguration conservée au Vatican ou le Balthassare Castiglione du Louvre. Il meurt en 1520 assez brutalement, enterré au Panthéon après des funérailles grandioses, que l’on qualifierait aujourd’hui de « nationales ».
La Vierge, une femme, une mère, une Elue
Cette œuvre de Raphaël n’est en aucun cas un blasphème, mais une nouvelle manière de figurer la Vierge Marie. L’artiste la représente avec l’Enfant et le petit saint Jean-Baptiste potelés, tels des petits garçons joueurs. Leurs mimiques
et leurs postures rappellent celles de petits enfants et non de personnages sacrés ; la Vierge les surveille d’un regard doux et bienveillant, telle une mère attendrie. Marie possède un corps propre tout en rondeurs et sa chair claire parfaite lui confère une humanité particulière, à la frontière de la divinité : le Quatrocento a laissé place à la Haute Renaissance. Raphaël innove en ce qu’il sait représenter les volumes, l’espace et la profondeur avec une très grande fluidité. Au contraire de Michel Ange, dont le peintre d’Urbino s’inspire, les corps puissants ne sont ni heurtés ni musculeux mais gracieux et moelleux. Les couleurs servent à accentuer la douceur et la grâce de la composition, mais elles donnent aussi de la profondeur à cette scène. Raphaël récupère aussi la technique de la perspective tritonnale (en trois tons : marron, vert et bleu) atmosphérique initiée par Léonard de Vinci, ainsi que la composition pyramidale : ces deux nouvelles conceptions dématérialisent l’espace pictural. La Vierge, parce qu’elle se situe dans un espace vraisemblable, acquiert une humanité moderne mais qui ne renie en rien ses qualités divines.
Raphaël parvient réellement à faire la synthèse des acquis des Maîtres de la Haute Renaissance : sachant allier la fermeté de la ligne, la douceur de Pérugin, la puissance des corps de Michel Ange, l’art de la fusion et la perspective de Léonard, il ouvre le XVIe siècle Romain avec modernité.
L’engouement raphaellite façon XIXe
La toile présentée par Expertissim est une copie académique de l’Ecole Française du XIXe et constitue ainsi un témoignage du succès atemporel qu’a remporté Raphaël. Parce qu’il fut loué par ses contemporains pour la grâce de son dessin et la fermeté de ses lignes, il reste un modèle majeur des académistes européens jusqu’à la fin du XIXe. Vasari, dans ses fameuses Vies des Meilleurs peintres, sculpteurs et architectes (1550), le qualifie presque de divin ; Casanova dit qu’aucun peintre n’a su le surpasser dans la beauté des figures et Delacroix enfin, affirma que le simple nom de Raphaël « rappelle à l'esprit tout ce qu'il y a de plus élevé dans la peinture ».
L’artiste français qui a fidèlement reproduit ce chef-d’œuvre a sans doute passé plusieurs longues journées assis sur les planches du Louvre pour déceler les secrets picturaux de son maître. Tout comme l’œuvre originale, la copie française allie grâce et académisme, volume et légèreté, humanité et divinité. Un bel hommage pour le peintre d’Urbino !
Pauline Balayer (étudiante à l'Ecole du Louvre)
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Experts en tableaux anciens et du XIXe siècle
Référence : 490410
Pièces : 0
Epoque : XIXe siècle.
Dimensions : 105x74x0
Estimation :
2 000 €-3 000 €
ECOLE FRANCAISE du XIXe siècle d'après Raphaël.
La Belle Jardinière.
Huile sur toile.
105 x 74 cm.
Bon état. Deux petites restaurations dans le ciel à droite de la Vierge et une petite restauration dans le cou de la Vierge.
Cadre en bois et stuc doré à motifs d'oves.
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