Quand la jovialité enfantine se mêle aux plaisirs dyonisiaques.
Avant même de pouvoir parler de sujet bachique à travers l’activité de ses putti vendangeurs, et de la représentation de Pan en vieillard barbu avec des pieds de chèvre ressemblant alors à toutes les créatures composant le cortège de Bacchus. Ce haut relief, dépeint avant tout des espiègleries d’enfant.
Le terme italien putti désigne ces jeunes petits enfants joufflus et potelés, aux visages rieurs et joyeux. La figure du putto est né dans l’art de la Grèce antique sous les traits de cupidon ou de petit angelot, il a été redécouvert et utilisé dans l’art italien du quattrocento. Lors de l’avènement du quattrocento, il constitut l’une des caractéristiques principales de l’ornementation architecturale. On peut retrouver ces putti dans l’art de Donatello. Ces figures d’enfants joufflues rieurs sont reprises avec une grande importance dans la peinture et l’architecture du XVIIème siècle et du XVIIIème siècle. Comme peut en témoigner le haut relief présenté par Expertissim. L’art baroque a rependu la figure du putti dans la peinture, mais également en architecture dans les églises. Ils sont messagers d’amour et d’espoir. La représentation rieuse de ces jeunes enfants potelés peut être mise en relation avec la période de nombreuses réformes religieuses au XVIIème siècle, et d’un grand optimiste face à l’existence. Ils sont en accord avec leur temps et apportent une grande légèreté et frivolité à l’âge baroque.

Sur ce haut relief présenté par Expertissim, les Putti sont représentés dans une activité de vendange. Cette activité liée au vin peut être mise en relation avec le dieu Dionysos. Sur le côté gauche de cette représentation de putti jouant au milieu de guirlandes de lierre et de vigne, prend place la figure de Pan.
La figure de Pan :
Dans la mythologie grecque, pan en grec ancien signifie : tout. Il est une divinité de la nature, protecteur des bergers et des troupeaux. A l’origine Pan est un dieu de la lune. Pan est le fils d’Hermès. Il naît sur le mont Cyllène en Arcadie. Devant son apparence monstrueuse sa mère s’enfuit, mais son père l’apporte sur le mont Olympe ou tous les dieux se réjouissent de l’accueillir. D’après Homère, ce mythe serait à l’origine de son nom, Pan : Tout. Tous les dieux sont réjouis de l’accueillir.
Dans l’hymne homérique, il porte une barbe, cornes et pieds de chèvre tels qu’il est représenté sur ce haut relief. Pan est présenté comme le dieu de la foule, et notamment de la foule hystérique, C'est l'origine du mot « panique », manifestation humaine de la colère de Pan. Par cette hystérie, le dieu Pan peut être alors mis en relation avec les fêtes dionysiaques. Grandes fêtes ou l’hystérie et l’ivresse règnent.
Une composition bachique :
Cette œuvre réalisée par l’entourage du sculpteur Clodion s’inspire de l’antiquité. Clodion ainsi que son entourage recréaient l’antiquité à partir de sources précises. Le sujet des enfants jouant se
réfère aux compositions bachiques. Il ne s’agit pas chez Clodion de copier l’antiquité, mais d’en recréer l’esprit.

Les bacchanales sont des fêtes religieuses durant l’antiquité, célébrées en l’honneur du dieu Dionysos, dieu du vin, de l’ivresse et du débordement. Inspirées des célébrations dionysiaques grecques, elles sont introduites en Italie vers moins 300. A l’origine ces fêtes étaient célébrées par les femmes en secret, les 16 et 17 mars. Par la suite les bacchanales étaient célébrées au moins trois fois dans l’année sous le contrôle des matrones. Puis ces fêtes deviennent publiques et sont célébrées dans toute la grande Grèce, en Egypte et principalement à Rome. Elles duraient pendant 3 à 5 jours, elles étaient particulièrement axées sur des représentations théâtrales, faisant office de cérémonies religieuses. Elles servirent par la suite de prétexte aux désordres les plus extravagants, elles évoluent en fêtes orgiaques nocturnes, qui eurent souvent une mauvaise réputation du fait de l’ivresse publique. Le carnaval est un héritage des bacchanales.
Ce haut relief aux putti trouve son inspiration dans les nombreux hauts reliefs réalisés par Clodion au sujet de bacchanale tout comme Le sacrifice à la chèvre, 1782, conservé au Musée du Louvre à Paris.
Qui était Clodion ? :
Claude Michel, dit Clodion, né le 20 décembre 1738 à Nancy, et mort le 29 mars 1814 à Paris Sa carrière artistique débute de façon traditionnelle. Il concoure pour le prix de Rome et le remporte. Il passe les trois premières années à l’école des élèves protégés, il a été envoyé à l’académie de France à Rome en tant que pensionnaire du Roi. L’artiste prolonge son séjour de 6 ans. Il rentre en France à l’âge de 33 ans. A la mort de son maître, et oncle : Sigisbert Adam, Pigalle accepte d’être le professeur de Clodion. A Rome, il apprend son métier au près de Natoire. Cet artiste peintre était persuadé de l’importance fondamentale du dessin ou modelage d’après la nature et l’antique. Il encourageait ses élèves à visiter les collections d’antiquité publiques et privée de Rome. La conviction de Natoire selon laquelle le modelage était préférable au dessin pour un sculpteur est parfaitement visible dans les œuvres de Clodion ainsi que de ces élèves. L’utilisation de la terre cuite pour la réalisation du haut relief mis à la vente par Expertissim, permet un modelé plus rond et sensuel, comme peut en témoigner les joufflus putti.
Julia Baraige, étudiante à l'Ecole du Louvre.
Experts en mobilier, objets d'art et sculptures des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles
Référence : 2011050342
Pièces : 1
Epoque : fin du XVIIIe siècle
Estimation :
7 000 €-12 000 €
Important haut-relief en terre cuite représentant quatre putti vendangeurs devant une statue de Pan.
Entourage de Clodion, fin du XVIIIe siècle.
(réparations)
Hauteur : 62,5 cm - Largeur : 125 cm.
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