Les barbotines : un vrai rayon de soleil dans un monde industriel
Les barbotines font leur apparition à la fin du XIX° siècle en France, comme une explosion de couleurs et de fraîcheur au sortir d'une guerre et d'une ère napoléonienne considérée comme plutôt sombre sombre. En ces temps post-industriels, grâce à de nouveaux procédés plus économiques (le coulage et le moulage), la production de barbotines va permettre aux classes moyennes d'accéder à la beauté et à la gaîté de ces objets d'art inédits. Du nord au sud, c'est l'engouement pour une production qui va être considérable...
La « barbotine » : une expression bien française pour un artisanat européen
« Majolique » ou « barbotine », l'appellation diffère, mais la technique reste la même. Cette faïence, connue dès le Moyen-Âge, fut importée par des ouvriers potiers arabes à Majorque (d'où le nom « Majolica »). Du XV° au XVII° siècle, cette production connaît un développement considérable et trouve en Italie de nombreux acquéreurs. Le terme « majolique » est remplacé par « faïence » (originaire de Faenza - Renaissance Italienne) en Europe, et par barbotine en France (car l'argile « barbote » dans l'eau). En 1859, les Anglais amènent la barbotine par le Nord du pays, par la suite, des ateliers se créent logiquement au nord et au sud de la France (Choisy, Creil-Montereau, etc.)
L'art se démocratise par l'industrialisation
La pré-industrialisation permet une diversification de la production susceptible de toucher un plus large public. Dès le XVIII° siècle, le procédé de moulage et de coulage, augmente considérablement la production, entraînant le déclin des faïenceries faites à la main. L'introduction de la faïence fine anglaise en France - telle que les productions Wedgwood ou Minton - modifie radicalement les productions. Favorisée par un nouveau comportement de la bourgeoisie grandissante, la faïence évolue vers une destination plus décorative, moins utilitaire. C'est une vraie révolution, car désormais les classes moyennes peuvent avoir accès à l'artistique, les ouvriers commencent à accepter l'idée qu'ils peuvent s'acheter des objets décoratifs « qui ne servent à rien ».
Un besoin de fraîcheur et de couleur après la guerre
A ce même moment, l'Europe sort de la guerre de 1870 et la France a perdu l'Alsace et la Lorraine. On a besoin de rire, de fraîcheur, de couleur, de s'amuser... L'ère Napoléon III voit régner un climat général plutôt pessimiste sur le pays, il faut donc du lumineux pour égayer les foyers. Les barbotines, très colorées, vont donc suivre le style Art Nouveau, la faune, la flore, le milieu aquatique et - comme les impressionnistes - reproduire ce que l'artiste voit. Nombre d'ateliers de poterie s'installent et chaque faïencerie développe son propre style de production. Mais toutes, au cours du XIX° siècle, évoluent vers la céramique artistique avec des méthodes distinctes. La barbotine est leur point commun. Soit par coulage, soit par coulage et usage du feu, soit par coulage et modelage à la main ou « garnissage ».
La rencontre avec l'impressionnisme
Le style impressionniste s'exprime entre autres par la technique de la barbotine. En effet, cette technique utilise un engobe, pâte délayée et teintée aux oxydes, mise au point au milieu du XIX° siècle par la Manufacture de Sèvres pour décorer la porcelaine. Très répandue dans le dernier quart du XIX° siècle après avoir été adaptée à la faïence, cette technique permet des décors très élaborés et connaît un grand succès dans le dernier quart du XIX° siècle. Elle exige par contre une exécution sans retouche pour des pièces uniques. L'exubérance des décors obtenus reprend essentiellement des motifs de fleurs et de plantes, des oiseaux et d'autres animaux, de même que des paysages, des décors figurés ou des arabesques, venant ainsi orner potiches, plats et autres pièces de formes. En dépit de qualités esthétiques remarquables, ce style ne résistera pas au nouvel engouement pour l'art nouveau, aux formes fluides et aux glaçures irisées.
Georges Pull : un maître en la matière
Céramiste autodidacte et indépendant, Georges Pull (1810 - 1889) entame une carrière tardive mais prodigue, au moment même où l'art de la céramique opère son principal tournant. Sa vocation viendrait de son amour pour l'oeuvre de Palissy ; il établit alors son atelier à Paris et apprend « sur le tard ». Incroyable mais vrai : cette formation, bien que théorique, aboutit au succès et hisse Georges Pull au rang de « Maître-céramiste ». Fort d'une technique inimitable et perfectionniste dans l'âme, Pull mise avant tout sur les formes et les couleurs et réalise des émaux à l'éclat inégalé. Il reste toutefois très simple dans ses sujets, à l'image de son mentor Palissy, et se contentera de sujets empruntés à la nature (plantes, grenouilles, lézards...). Il affectera également le style Saint Porchaire, technique du XVI° siècle, consistant en des arabesques incrustées. Considéré comme chef de file de l'école de Paris, nous retenons surtout de Georges Pull son apport décisif auprès des artistes céramistes parisiens. Ses oeuvres ne sont pas toutes signées (il ne le fait qu'à partir de 1859) et beaucoup d'entre elles passeront pour des oeuvres de Palissy lui-même. Quel honneur pour Georges Pull !
Cette pièce aujourd'hui présentée par Expertissim témoigne bel et bien de cette maîtrise technique de la part de Georges Pull. En effet, il s'est toujours farouchement hissé contre la mécanisation propre à l'ère industrielle, cherchant ainsi à retrouver l'idéal du savoir faire artistique. Pull se distingue enfin par la qualité de ses pièces où sont mises en valeurs des couleurs aussi vives que contrastées. Par Elodie LUTUN (étudiante à l'ICART)
Expert en céramiques européennes
Référence : 1910310
Epoque : XIXe siècle.
Dimensions : Diamètre : 29 cm.
Estimation :
2 800 €-3 800 €
Paris. Georges PULL (1810-1889).
Coupe ronde ajourée sur piédouche, émaillée vert bleu et jaune. Les ajourages sont formés des initiales d'Henri II et Catherine de Médicis stylisés dans quatre réserves formées par des symboles de lauriers en relief. Galon sur les bords à fond jaune avec quatre agraphes vertes formées de feuillages. Revers à fond jaspé.
Marquée au tampon en creux PULL.
XIXe siècle.
Diamètre : 29 cm.
Petits éclats au bord du piédouche.
Cf. : Deux coupes ajourées de Georges PULL sont conservées au Musée Adrien Dubouché à Limoges.
Pour plus d'information nous vous invitons à lire l'article "Le bestiaire de faïence de Bernard Palissy " écrit par Elodie Lutun (étudiante à l'ICART).
Pour plus d'information nous vous invitons à lire l'article "Les barbotines : un vrai rayon de soleil dans un monde industriel" écrit par Elodie Lutun (étudiante à l'ICART).
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