L'expertise

Turquin Expertise - E. Turquin & Ch. Mauduit

Expertisé par Turquin Expertise - E. Turquin & Ch. Mauduit

Experts en tableaux anciens et du XIXe siècle

Référence : 720109

Epoque : XVIIe siècle

Dimensions : Hauteur : 72,5 cm - Largeur : 49,5 cm

Estimation :
16 000 €-20 000 €

ECOLE FLAMANDE du XVIIe siècle, entourage d'Andries DANIELSZ.

Nature morte au bouquet de fleurs dans un vase sculpté sur un entablement.

Panneau de chêne, deux planches, renforcé.

Au revers, la marque de la main d'Anvers.

Fentes et petits manques.

Hauteur : 72,5 - Largeur : 49,5 cm.


Rapport de condition :
Le tableau se présente dans un état de conservation moyen, sale sous un vernis jaune. Le panneau est constitué de 3 planches, une jonction de panneau est visible sur la gauche et deux fentes visibles dans la partie inférieure à droite et à gauche (longue l'une de 25 cm et l'autre de 20 cm).
Nous notons des petits manques et des restaurations anciennes principalement dans la partie basse (vase et sous-bassement).

Pour plus d'information nous vous invitons à lire l'article "L'émergence de la nature morte au XVIIème siècle" écrit par Marion Sailhen.

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Pour en savoir plus

L'émergence de la nature morte au XVII° siècle


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L'EMERGENCE DE LA NATURE MORTE AU XVIIEME SIECLE

L'expression nature morte désigne une image d'objets inanimés. Les sujets peuvent être des fleurs, des fruits, des animaux morts, des objets de sciences ou de savoir comme les livres, plumes, encriers ou boussoles. Les natures mortes qui font directement allusion à la mort, comme par la représentation de crâne ou d'ossements sont appelées des « vanités ». La peinture de nature morte n'apparaît réellement comme un genre à part entière qu'au début du XVIIème siècle dans les pays du Nord de l'Europe.

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La nature morte : vil exercice de style ?

La nature morte avant le XVIIème siècle n'était pas considérée comme un genre de peinture à part entière ; elle n'entrait dans aucune des trois catégories alors en vigueur qu'étaient la peinture d'Histoire, le Portrait et le Paysage. La représentation de nature morte devait rester pour les peintres un exercice de style, un dessin préparatoire. Si l'on ne considère pas la peinture de nature morte avant le XVIIème siècle c'est que l'on pense qu'elle n'est pas apte à traduire des émotions dignes et que le peintre n'a pas recourt à un travail d'imagination et de création artistique. Ce sont les écoles du Nord, les Flandres et la Hollande, toujours enclines à décrire le réel de façon crue, qui développent le gout de la nature morte et la transforme en véritable genre de peinture. Les Flandres au XVIIème siècle : entre protestantisme et catholicisme  A la fin du XVIème siècle, commence une poussée nationaliste contre l'autorité espagnole des Habsbourg dans les provinces les plus au nord de l'espace bourguignon. Très vite se met en place une véritable révolte menée par la famille des Orange que l'Espagne tente de mâter avec une grande dureté en envoyant des troupes militaires dirigées par le Duc d'Albe. Ces conflits mènent au début du XVIIème siècle à une scission dans le monde flamand, désormais divisée en deux.  D'une part les provinces du sud qui restent sous l'autorité espagnole, elles sont catholiques, gardent le nom de Flandres et connaissent une forte imprégnation du style baroque. D'autre part les provinces du nord qui font sécession par rapport à l'Espagne. Ces sept provinces s'appellent les Provinces Unies dont la province dominante est la Hollande. Elles sont protestantes et développent un style de peinture indépendant et bourgeois. De 1600 à 1620, c'est pourtant un style commun qui se développe dans ces deux pays : celui de la nature morte. La Hollande, protestante, renie les sujets religieux et se consacre à la peinture bourgeoise au travers de paysages et de natures mortes austères et dépouillées. Conformément à la morale protestante, les natures mortes doivent représenter le réel comme il a été crée, sans l'embellir ou le modifier. Au contraire en Flandres, la nature morte est l'expression du style baroque , elle est chargée, décorative et luxueuse. Au XVIIème siècle la nature morte devient alors un outil au service des deux religions dominantes. La Hollande et la Flandre se livre à cette époque une véritable guerre esthétique, chacune confortant ses opinions religieux. La nature morte, tout en gardant son intérêt mimétique et son aspect esthétique, fait appel à tout un langage symbolique.

 

La Nature morte anversoise : expression du baroque

C'est à Anvers que la nature morte connaît son plus grand succès. Jan Bruegel dit « de Velours » (1568-1625) peut être considéré comme le créateur du type du bouquet flamand. La nature morte d'Anvers a un aspect plus précieux et moins intime que les natures mortes hollandaises. Les peintres ont recourt à une perspective plongeante pour montrer le maximum d'objets généralement posés sur une table. Dans la Nature morte représentant un bouquet de fleurs présentée par Expertissim , le peintre à adopté un plan resserré et une ligne d'horizon basse afin que le bouquet s'impose à l'oeil du spectateur. L'artiste travaille sur les effets de lumière afin de mettre en valeur le bouquet. Il nous offre au regard une belle variété de fleurs aux couleurs fines dont la fameuse tulipe hollandaise. Le peintre veut montrer son inclination à représenter le réel dans toute sa splendeur et sa diversité. Il dispose les fleurs dans un luxueux vase sculpté, travaillé avec beaucoup de

minutie et de préciosité. Le peintre mêle avec une grande dextérité le luxe du baroque mais tout en gardant une élégance et une grandeur très nordique.

 

Au-delà de l'esthétique : une morale catholique

Les natures mortes nordiques dans leur expression baroque recouvrent une symbolique très catholique. Bruegel de Velours comme son apprenti Andries Danielsz (1580- c.1640) représentent souvent des guirlandes de fleurs disposées autour d'une image sainte baroque. La Vierge, l'enfant Jésus et les anges au milieu d'une guirlande de fleurs de Jan Bruegel au Louvre (1616) montre bien ce côté très baroque de la nature morte flamande, tant par le médaillon religieux de Rubens que par l'opulence de la guirlande de fleur de Bruegel. Bien souvent les natures mortes flamandes souhaitent traduire un mémento morris, un regard sur l'homme, sur le côté éphémère de la vie humaine ainsi que sur le Salut de l'homme. Le Bouquet en vente sur Expertissim peut effectivement se lire comme un mémento morris. La diversité des fleurs représentées pourrait symboliser la diversité des hommes. De plus on remarque que les fleurs les plus banales, les plus courantes et les moins chères sont placées en parties inférieure ; alors que les fleurs les plus rares et les plus chères sont au centre du vase. Cette organisation serait alors la symbolique des différentes classes sociales : les Flandres, encore sous la domination des Habsbourg sont une société de privilèges aristocratiques. Sur la table en bois, le peintre a placé des pétales fanés tombés du bouquet. Cela représenterait alors la mort, la décomposition : ce à quoi la vie de tous les hommes se résume. La feuille posée en équilibre sur le rebord de la table, prête à tomber, confirme cette idée du temps qui passe et du côté éphémère de la vie humaine. Cette nature morte pourrait alors signifiait que tous les hommes ne sont pas égaux sur la terre, mais que riches ou pauvres, ils finiront tous par mourir et seront jugés de la même façon lors du Jugement Dernier. Andries Danielsz, peintre de nature morte flamand, sans doute proche de l'artiste ayant peint le Bouquet en vente sur Expertissim , a réalisé une Etude florale avec insectes dans les années 1599-1602 (Castle Muséum) avec le même type de composition. Un bouquet de fleurs diverses dans un vase, devant un fond neutre et éclairé par de subtile jeux de clair obscur. La touche est plus ample et plus vaporeuse que celle du peintre anonyme du Bouquet mais les deux peintures semblent avoir la même signification morale même si elle est moins mise en avant dans l'oeuvre de Danielsz. Les natures mortes flamandes auront une grande influence sur la peinture européenne. Les peintres espagnols, fervents catholiques, seront tout particulièrement attirés par cette idée de nature morte à signification religieuse latente.

 

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La main d'Anvers 

Au revers de la planche de bois de la peinture présentée par Expertissim , on note la présence de la main d'Anvers. Ce symbole de la main provient d'une vielle légende selon laquelle un géant terrorisait tous les bateliers en leur faisant payer une taxe pour naviguer. S'ils refusaient, le géant leur hachait la main et la jetée dans l'Escaut. Un courageux soldat romain nommé  Brabo aurait tué le géant et lui aurait coupé la main pour la jeté à son tour dans l'Escaut. Le nom néerlandais d'Antwerpen, viendrait alors de « hand werpen » qui signifie « main jetée ». La présence de la main au revers de la planche de bois était un gage de qualité car le peintre qui pouvait apposer ses deux mains au revers de son tableau devait impérativement avoir été reçu maître de la Guilde  d'Anvers. L'usage de ces marques était très réglementé et correspondent au XVIIème siècle Flamand.

 

Marion Sailhen

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