La porcelaine de Chine, un luxe inimitable, plaisir sacré des tables impériales
Deux assiettes de porcelaine de Canton décorées à l'émail et à l'or nous donnent l'occasion d'évoquer la céramique Chinoise, un art atemporel, représentatif de l'histoire culturelle chinoise, qui oscille entre tradition et invention.
Les premiers pas.
La céramique est un art ancestral, ancré dans le paysage culturel chinois depuis les origines. C'est pendant la période du néolithique, dans la vallée du fleuve jaune et dans la région du Gansu, qu'apparaissent les premières céramiques. Bien entendu, ces pièces n'étaient encore que des terres cuites assez rustiques, mais elles annonçaient un terrain propice à cette production. C'est à partir du règne des Han (-206 à 220 après notre ère) que la céramique chinoise prend les accents de modernité qui la caractérisent. En effet, cette dynastie garnit les tombes de très nombreuses poteries funéraires que l'on appelle mingqi, objets qui permettent d'intensifier les recherches sur la céramique. Tout d'abord, les potiers recouvrent leurs vases de glaçures au plomb qui les rendent très blanches et imperméables, puis, on se sert de pâte siliceuse, contenant 30 à 60% de kaolin, pour fabriquer des tuiles faitières, des boîtes de cosmétiques ou des mingqi : autant dire que la Porcelaine est née.
Les arts du feu sous les tang (VIIe au Xe), une production unique enviée de tous .
Cavalière en terre cuite de l'époque Tang vendue par Expertissim
Grâce à l'ouverture culturelle et à la dynamisation de la route de la soie, la céramique chinoise subit une influence très nette des techniques et des décors venus d'ailleurs. Cette période correspond à l'apogée des poteries à glaçure plombifère de trois couleurs, jaune, vert et bleu, que l'on appelle sancai. La vigueur des contrastes alliée à l'innovation des motifs composés avec clarté rompt avec les traditions antérieures, qu'il s'agisse de statuaire funéraire polychrome, des aiguières, des amphores ou des plats. Le langage des formes et le vocabulaire décoratif s'apparentent à celui de l'orfèvrerie : frises de perles, rosaces, palmettes ou têtes de phénix inspirés des griffons venus d'Iran rythment les sancai. Toutefois il faut attendre quelques années pour que les tables impériales soient séduites par l'art des potiers. La révolte d'An Lushan (755) ébranle la puissance de la dynastie gouvernante, le luxe est en déclin et le pays, dans l'optique de renouer avec les valeurs traditionnelles, se ferme aux productions étrangères. Mais les céramistes, chargés de produire des substituts dignes des laques et de la vaisselle d'or et de jade, sont nécessairement contraints de copier leurs formes. La poterie sancai est dès lors considérées comme trop exubérante pour les tables impériales et l'innovation se tourne du côté des monochromes, des céladons et des grès. La quête du blanc pur, de la perfection, de la douceur et de la blancheur des anciens matériaux est devenue une priorité pour les fours de Gongxian, de Xing et de Ding. Parce qu'elles possèdent des qualités tactiles, sonore et lumineuses, les pièces qui sortent de ces ateliers sont appréciées tout autant de la cour que des moines buveurs de thé ou des lettrés collectionneurs de céramique. Cette esthétique épurée n'ira que crescendo durant l'âge d'or chinois, le règne des Song (Xe au XIIIe).
Tradition et diversité.
Mais la céramique chinoise est une production pleine de surprises et de variété, de jeu entre les monochromes et les porcelaines colorées, entre les couvertes parfaitement translucides ou et les couvertes naturelles nées d'accidents de cuisson. Les céladons et monochromes Song, ces pièces qui égalent la pureté du jade, l'éclat de l'argent et la douceur de la laque : Ce sont évidemment les céladons impériaux que l'on retient pour la période Song : ce sont de parfaits grès porcelaineux, cuits en réduction (sans oxygène) dans les fours de Yaozhou. La couverte très vitrifiée ayant subit cette cuisson particulière, les pièces prennent une teinte vert olivâtre très poli, où glisse facilement la lumière parfois accrochée par le décor très profond. L'iconographie privilégie les phénix, les dragons et les pivoines, symboles sacrés du pouvoir impérial chinois.Le pendant de ces chefs-d'oeuvre de Yaozhou sera la production de céladons de Longquan, qui émerge durant la période de l'occupation mongole. Leur couleur est verte mais plus pâle et vire parfois au jaune. Ces grands plats, qui arborent des motifs animaux et végétaux d'une grande vivacité, se diffusent abondamment dans tout le territoire chinois, offrant ainsi à la bourgeoisie émergeante une ouverture sur le marché de la céramique. Mais en ces temps d'occupation étrangère, les fours de Jingdezhen produisent également des pièces monochromes, mais leur couverte est blanc/bleuté : ce sont les qingbai. Enfin, la dernière gloire de la Chine réside dans les céramiques ru, ces céladons bleus pâles rythmés par des craquelures jaunes discrètes, produits dans les fours impériaux de la région du Henan, qui n'ont malheureusement fonctionné que vingt ans au XIIe. Les poètes n'ont cessé d'être inspirés par cette étoile filante de la céramique, dont il ne reste que quinze exemplaire aujourd'hui : on dit le plus souvent que les céramiques ru avaient « la luminosité du ciel après la pluie », un bleu si subtile qu'aucune couleur ne put jamais le qualifier.
La blancheur de la porcelaine de Chine, le graal de la céramique.
Les « bleu et blanc », les immortels de la Chine Inventés par les Mongols
Yuan qui ont gouverné la Chine entre 1368 et 1644, les « bleu et blanc » sont des porcelaines peintes à l'oxyde de cobalt sous couverte plombifère blanche très pure et donc très transparente, qui assure à la pièce une luminosité inégalée. Ce sont les céramiques qui ont eu le plus bel écho à travers le monde, en leur temps mais aussi bien après. Non seulement la céramique chinoise, pure et immaculée, était déjà admirée depuis des siècles, mais cette innovation constitue le plus grand succès du marché de la porcelaine à travers les âges et les régions. La seule critique qu'on puisse faire concerne les décors, qui sont orientés vers des motifs islamique et européen, afin d'ouvrir le marché avec la plus grande pertinence. La dynastie Ming, successeur des Yuan, poursuit l'oeuvre impulsée par les Yuan, mais en recentrant les motifs sur ceux de la culture chinoise. Les Qings, dernière dynastie régnante avant l'instauration de la République de 1912, peignent ces vases immaculés à l'émail bleu récemment découvert, obtenant ainsi des décors bleu saphir qui contrastent encore mieux avec la couverte.
Assiettes "bleu et blanc", vendus par Expertissim
La porcelaine de Chine : quand les potiers laissent aller leur créativité. Les potiers ne se plaisent pas que dans le domaine du monochrome et apprécient aussi les décors colorés, en opposition à la grande poterie impériale ou lettrée.Par exemple, on profite d'un accident de cuisson pour exploiter les effets de matière : c'est la naissance de la céramique jun au XIe, un grès dont la couverte bleu lavande émerveille par ses irrégularités douces. Parallèlement, naît à Cizhou, les céramiques qui restent les plus populaires, encore aujourd'hui, pour leur extravagance et leurs effets polychromes. Ces monochromes blancs sont tachetés d'engobe brun formant des zébrures sur les corps des vases, des oreillers et des coupes. Dans ce cas-là également, le marché est réservé à la bourgeoisie marchande, qui boude les monochromes.
Durant les périodes Ming et Qing, les deux dernières dynasties régnantes avant 1912, les émaux de couleurs font leur apparition. Les décors sont donc d'une plus grande clarté et d'une plus grande transparence que l'étaient ceux peints aux oxydes métalliques, et ces illustrations peuvent parfois compter jusqu'à cinq couleurs différentes. Les décors sont plus légers, plus colorés, plus vivants et moins cloisonnés. Les vases-rouleaux, dont les motifs se déploient sur toute la panse de manière picturale, remportent le plus de succès. L'iconographie se détache des motifs impériaux car cette production, bien qu'issue de fours royaux de Jingdezhen, circule aussi sur le marché intérieur bourgeois. Les XVIIe et XVIIIe siècles connaissent donc l'apogée de la production, les décors se diversifient, allant de la reprise de peintures Song aux scènes de jardins, de papillons et d'enfants.
La porcelaine de Canton, digne héritière de cette production.
Au XIXe, la cour est ruinée et les révoltes populaires se multiplient, restreignant ainsi la commande impériale de céramiques. Mais la bourgeoisie est quant à elle une classe en pleine expansion, qui revit le mythe de l'âge d'or Song et de la peinture lettrée avec un entrain jamais inégalé. La production de céramique se multiplie donc avec force, les fours sont de plus en plus nombreux, dans le but de répondre à une demande vigoureuse et intense. La céramique de Canton se situe donc bien dans la lignée de la grande céramique impériale à décor de petit feu produite au XVIIIe. Expertissim est donc fier de vous présenter ces deux assiettes de porcelaine de Canton, dont le décor de papillons rehaussé à l'or et peint à l'aide de cinq émaux différents, se déploie avec une énergie gracieuse.
Pauline Balayer (étudiante à l'Ecole du Louvre)
Experts en Extrême-Orient
Référence : 1011109
Epoque : fin du XIXe siècle.
Dimensions : Diamètre : 24 cm.
Estimation :
150 €-250 €
Paire d'assiettes en porcelaine décorées en émaux polychromes et rehauts d'or de papillons, sauterelles et insectes.
Chine, Canton, fin du XIXe siècle.
Diamètre : 24 cm.
Deux égregnures sur une assiette.
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