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Petit guide du numismate débutant
Si comme moi, toutes ces pièces présentées par Expertissim vous étourdissent ; si vous mettez toute la volonté possible à vouloir comprendre la numismatique ; si vous êtes persuadé que l’argent ne fait que le bonheur du collectionneur, mais que vous ne savez pas par quel étape commencer une collection de monnaies, suivez nos conseils, basiques certes, mais qui pourront éclairer tout néophyte curieux.
La monnaie, une histoire vieille de 18 siècles
Les hommes échangent leurs biens depuis plusieurs milliers d’années mais on pratique le troc, c’est-à-dire l’échange d’un objet contre un autre, selon le poids ou la rareté. Ce sont donc les Grecs qui frappèrent les premières monnaies, au cours du VIIe siècle avant notre ère. On sait qu’il existait des pièces grecques d’or et d’argent presque pur dont la valeur réelle correspondait à la valeur nominale (généralement déterminée par le poids du morceau de métal), et d’autres de cuivre, de zinc et de nickel, dites monnaies d’appoint ou de billon. Mais c’est surtout à partir du Ive que se développent les véritables monnaies : ce n’est plus seulement la valeur et le poids du métal qui importe mais on attribue une valeur à chaque pièce selon l’estampillage. Les Grecs diffusent alors leurs drachmes à effigie d’animal ou de divinité à travers le bassin méditerranéen mais aussi à travers l’Europe jusqu’à développer leur invention dans les régions celtes.
Les Romains, commerçants habiles et renommés, réutilisèrent ce système d’échange qui s’avérait beaucoup plus pratique. Ils leur donnent même une dimension politique en y remplaçant la figure animale par un buste d’Empereur de profil. Bien que la monnaie à effigie soit adoptée par la majorité des civilisations de notre ère, les traditions grecques ne se sont pas perdues tout de suite, comme en témoignent les pièces impériales grecques fondues dans du bronze ou du cuivre par les colonies romaines : frappées par des cultures romaines de langue grecque avec autorisation de l’empereur, les pièces de monnaie étaient richement ornées de récits mythologiques hellénistiques. De même, les Krugerrand d’Afrique du Sud vendus par Expertissim sont encore frappés d’un animal (d’un cerf). Quant aux Chinois, ils se détachèrent totalement de ce modèle là en utilisant des cercles de bronze, d’or ou de coquillage percés en leur centre. Dès la période Zhou (vers 1050 aps JC), ces monnaies particulières abondent.
L’influence gréco-romaine sur la Gaule lui permet d’inventer le sou d’or (VIIe), encore très recherché aujourd’hui. Parallèlement, Abd al-Malik crée le dinar, monnaie de référence dans tout le monde musulman pendant un bon nombre de siècles. Mais la monnaie de métal n’est pas adoptée par toutes les cultures, en témoigne la fève de cacao Aztèque du XVe siècle.
Pourtant, la période médiévale occidentale permet le développement de la pièce de monnaie comme moyen de paiement légitime : Saint Louis (1226-1270) adopte les tournois d’argent et l’écu (10 tournois), Florence voit naître les premiers florins en 1252 et Venise, peu après, adopte le ducat. Dès la Renaissance, les pièces de monnaie servent légalement et légitimement les visées commerçantes mais elles se voient aussi impliquées dans l’histoire politique. Tout comme Charlemagne l’avait fait sept siècles plus tôt, François Ie utilise le franc comme symbole national et unificateur du royaume. Au XVIIIe, Marie-Thérèse d’Autriche frappe une monnaie d’or « internationale » à l’image de la grande famille des Habsbourg : le thaler (duquel le dollar dérive), est diffusé dans tout le saint Empire Germanique.
Soyons chauvins, parlons de la grande monnaie française !

Le Franc est une très vieille dame, enterrée par l’Euro en 2001 : création de Jean le Bon (règne de 1350 à 1364) cette monnaie est née dans un contexte de crise politique dans le but d’affirmer l’unité du royaume. Notons que c’est à cette époque que les gouverneurs légalisent le poinçon, ce qui atteste d’une volonté du pouvoir de récupérer le patrimoine national. Le XIVe siècle est une période tourmentée pour la France tiraillée entre la nouvelle dynastie des Valois (famille de Jean le Bon) et celle des Plantagenets d’Angleterre. C’est seulement à la fin de cette guerre de cent ans que les Valois s’affirment à la tête du royaume et cela va sans dire, le franc constitue un symbole majeur de l’appropriation du royaume par la dynastie.
Puis vint le Louis d’or, entre mythe et symbole de la puissance française, qui n’a été édité qu’entre 1643 et 1789 (Louis XIII, XIV, XV, XVI) : cela explique qu’il soit particulièrement recherché sur le marché de l’art. A l’origine destiné à remplacer la monnaie royale de l’écu, il représente la grandeur politique française et concurrence les monnaies rivales montantes contemporaines (monnaies espagnoles et anglaises). Leur poids et la qualité technique de fonte et d’estampillage est exceptionnelle. L’hôtel des monnaies de Paris est édifié milieu XVIIIe, témoin grandiose de l’importance que l’on accorde dès lors à ces morceaux de métal. Un Louis d’or n’aurait-il pas permis d’arrêter Louis XVI à Varenne.
L’histoire du XIXe a également été estampillée sur les pièces Napoléons mais je vous laisse le soin d'éclaircir cette période en cliquant ici.
Chaque sou est un véritable témoin d’une grande page de l’histoire de son pays, histoire dans laquelle chaque collectionneur plonge par la simple observation d’un cercle de métal précieux. Quoi de plus excitant qu’un retour dans le temps ?
Mais soyez modeste, vous n’êtes pas le premier numismate de l’histoire…
href="http://www.expertissim.com/monnaies/10-francs-or-second-empire-et-iiieme-republique-deux-exemplaires-o12121059.html">numismatique sont elles-aussi assez floues : il semblerait que les romains et les gaulois furent les premiers collectionneurs de pièces (grecques) mais aucune source sûre ne confirme ceci. Le phénomène passe de mode durant le Moyen Age, laissant le premier spécialiste de l’Antiquité Guillaume Budé s’y intéresser de nouveau. Cet humaniste reconnu publie le Libellus Moneta graeca et le De Asse et partibus ejus en 1514, ouvrages qui constituent les premiers traités de numismatique : ils sont tant appréciés qu’il les fait traduire en italien et en français.
Cette passion acquiert une certaine légitimité en 1834, date où l’Allemagne fait paraître la première revue de numismatique. La Grande-Bretagne adopte également l’art de la numismatique en 1836 grâce à la diffusion du trimestriel The Numismatic Chronicle, encore diffusé de nos jours. Puis, les Etats-Unis créent en 1891 l’American Numismatic Association, la plus grande société de numismatique du monde, qui comptait 33000 membres en 2008. Dès lors, la numismatique n’est plus un passe-temps, ce n’est même plus un loisir, mais une véritable science de l’histoire, un art de la lecture du temps, des cultures et de leurs valeurs.
L’archéologie connaît un développement prodigieux au XIXe et la numismatique s’en trouve influencée car les premières études se concentrent sur les monnaies grecques et romaines. Les monnaies médiévales occidentales et musulmanes deviennent des objets d’étude dès le milieu du XIXe, mais il faudra attendre la fin de ce siècle pour que les numismates définissent un champ d’étude international. De scientifiques tels que le français Gustave Ponton d’Amécourt révolutionnent les recherches en établissant des tableaux synthétiques facilitant la lecture des pièces ; il réunit également des collections prodigieuses de monnaies et médailles carolingiennes, qui seront par la suite analysées et conservées pour enrichir l’étude de la numismatique.
Collectionneur soigneux, monnaies de valeur !
Vous avez à présent récupéré des pièces cachées dans les vides-greniers ou dans les poches de vos proches et vous avez déniché les pièces les plus rares sur Expertissim ou en vous rendant dans des bourses et des foires de numismates.Mais pour devenir un collectionneur aussi célèbre que Hans Sloane, Pétrarque ou le prince Rainier, il faut être armé des outils adéquats. Des monnaies bien conservées constituent une collection d’une valeur plus estimable.
Lire une monnaie
La collection commence par un examen attentif de la pièce de monnaie afin de pouvoir en identifier le matériau, la provenance, la date, l’unité monétaire, la devise du pays et surtout de déterminer l’état de conservation. Pour ce faire, enfilez des gants de coton ou de caoutchouc car vos doigts sont des nids à microbes oxydants qui pourraient altérer le métal. Munissez-vous ensuite d’une bonne loupe grossissant entre 6 et 20, si possible dotée d’une lampe pour lire la pièce dans tous les sens.
Préserver ses collections
De l’état de conservation bien décrit dans l’article ci-dessus, dépend la valeur de la pièce. Les pièces subissent l’humidité et l’oxygène qui les oxydent, mais aussi les métaux différents : en effet, deux pièces de matériau dissemblables s’oxydent l’une l’autre. Il faut donc conserver les monnaies à l’abri de l’air ambiant mais aussi dans des casiers séparés d’épaisseur notable car un simple papier transparent ne bloquera pas efficacement l’action réciproque des métaux.
La méthode de conservation la plus efficace mais la plus onéreuse est le médailler : ce meuble à tiroir est spécialement aménagé pour conserver séparément les monnaies. Parfois, les tiroirs sont aménagés de casiers contenant de l’azote qui les protège de l’environnement. Pour les pièces les plus rares, choisissez des boitiers individuels hermétiques, coûteux mais très efficaces. Les étuis individuels peuvent être un bon compromis.
La méthode la plus répandue pour le particulier est le cahier intercalaire contenant des feuilles à carreaux : chaque carreau contient un carton agrafé sur lui-même et muni d’une fenêtre plastifiée qui laisse apparaître la pièce. La plupart des collectionneurs vendent leurs monnaies sous cet emballage-là, ce qui a permis de populariser ce système pratique et peu onéreux.
Enfin, nous vous conseillons de ne pas nettoyer vos monnaies car cela pourrait les endommager, brouiller leur lecture et les dévaluer.
Nous vous souhaitons dès lors de savourer des morceaux d’Histoire comme il se doit grâce aux pièces présentées par Expertissim. Bonne collection !
Pauline Balayer (étudiante à l'Ecole du Louvre)
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