L’adage très populaire « le jeu en vaut la chandelle » a pour genèse la pratique même du jeu ! En effet, bien avant l’invention de l’électricité, les participants des jeux s’éclairaient à la bougie, source lumineuse fort couteuse. Ces instants ludiques engagent d’importantes mises (argent, bijoux, …) que les joueurs ne parvenaient pas toujours à regagner. Ainsi, le coût de l’éclairage n’était même pas assuré par l’ « appât du gain » ! Mais alors pourquoi s’adonner à de telles pratiques ruineuses ?
L’ennui et la volonté d’amasser des richesses sont une première piste : « Il amuse par l’espérance du gain. Pour l’aimer avec passion, il faut être avare ou accablé d’ennui » Encyclopédie de Diderot et d’Alembert. Mais la vraie raison demeure que le jeu occasionne un effet second ! Il est avant toute chose une activité délibérée, permettant à chacun, hier comme aujourd’hui, d’avoir conscience de vivre autrement dans la vie quotidienne. Le jeu est régit par des règles auxquelles chacun souscrit sans aucune contestation. Enfin, il suscite divers émotions antithétiques en un temps bref : stress, joie, excitation, plaisir …, autant de sensations qui subliment et transcendent notre quotidien !
Un jeu de dupe !
Comme on l’aura compris, le jeu permet de distraire l’âme. Et c’est bien la raison pour laquelle il fut inventé, distraire l’esprit de l’homme et sa conscience de toutes les agressions qui tiraillent ses sens. Lors de la guerre et du siège de Troie, Palamède, pour soustraire ses soldats à la faim, invente la pratique du jeu. Cette ruse persiste avec les Lydiens qui inventent le jeu de carte pour omettre la famine qui fait rage en Lydie (pays d’Asie Mineure). La duperie s’affirme comme l’essence du jeu permettant à chacun de se soustraire à la banalité de la vie et à ses véhémences !
D’un point de vue philosophique, le jeu est l’antithèse de la réalité. Le joueur feint d’être une toute autre personne. Le temps d’une partie, tout n’est que supercherie, leurre, fourberie et fiction … Le jeu, activité éphémère, n’a de fondement et ne produit que des effets limités dans son propre temps. Sorti de son cadre temporel et même spatial, tous ses résultats s’annulent et s’évanouissent. Il n’a de sens que le temps de son existence ! Le jeu ne renvoi donc qu’à lui-même.
A la manière de la peinture, simulacre d’une « fenêtre ouverte sur monde » (Alberti), le jeu est un moyen d’expression créative.
Faites vos jeux !
Le jeu n’est pas qu’une activité futile mais demeure une véritable nécessité sociale aux XVIIe et XVIIIe siècles : « Le jeu a cela de commode qu’il vous dispense quelque fois d’entretenir des fâcheux qui vous seraient fort à charge, et à qui l’on ne serait que dire. On ne serait d’avantage
partir en cure thermale ni séjourner à la campagne où les distractions sont rares, sans apporter une panoplie de jeux susceptibles de divertir la société qu’on entretient », 1778, Les soirées amusantes, Huvier des Fontenelles. Tous les ordres succombent au charme de ces bagatelles comme en témoigne la multitude de traités relatifs aux jeux en vogue. Ainsi, dix volumes de l’Académie Universelle des jeux sont édités entre 1725 et 1780. Ces manifestes connaissent un fort engouement car il est de bonne usage de maitriser la pratique du jeu. En effet, chaque regroupement d’individu trouve son dénouement dans le jeu car chacun aspire à remporter la mise : « le jeu occupe et flatte l’esprit par un usage facile de ses facultés », Encyclopédie de Diderot et d’Alembert.
Le jeu présente cependant quelques vertus si l’on peu dire ! La première est morale : devant ses cartes et son échiquier les hommes sont égaux. Le jeu à cette faculté, comme la mort d’ailleurs, d’égaliser la société d’ordre d’Ancien Régime. Le hasard et la chance ne connaissent pas d’inclination ; ils peuvent tout donner comme tout reprendre ! La seconde est qu’il permet l’émergence d’une nouvelle économie florissant présidées par les cartiers.
Rien ne va plus !
Les jeux où ne prend part que le hasard sont strictement interdit par les lettres patentes directement signées par le roi. Le jeu doit demeurer une activité de divertissement occasionnelle pour ne pas détourner les joueurs des « vraies » valeurs (famille, travail). Seuls, ceux qui allient chance et éveil intellectuel sont tolérés car le sort peut être rompu par la ruse de l’esprit cette fois ! C’est pour cela qu’il est nécessaire à l’équilibre spirituel de l’homme. Cette vision est d’ailleurs défendue par les moralistes et les Lumières. La religion préfère dénoncer ses dérives morales (dettes) et criminogènes qui engendrent meurtres, vols, et déprédations.
Les jeux sont faits pour Expertissim qui met en vente un ensemble de tables à jeu, de bourses de jeu représentatif du désir d’évasion et d’oisiveté d’une société d’Ancien Régime en proie aux doutes et à de profonds bouleversements.
FAGES Peter (Etudiant à l’Ecole du Louvre)
Experts en mobilier, objets d'art et sculptures des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles.
Référence : 2010120194
Pièces : 1
Epoque : XIXe siècle
Style : Louis XVI
Dimensions : 74x75x37 cm.
Estimation :
200 €-300 €
Table à jeu à plateau dit « portefeuille » en placage d'acajou.
Pieds fuselés, cannelés. Dessus plaqué d'un jeu de dame et l'intérieur tendu d'une feutrine verte.
Style Louis XVI. XIXe siècle.
Hauteur : 75 cm - Largeur : 74 cm - Profondeur : 37 cm.
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