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Les bronzes de Chine : quand l’artisanal se mêle à la spiritualité
Parmi les multiples facettes des arts de Chine, il en est une qui mérite un intérêt tout particulier, autant pour les connaisseurs que pour le néophytes. Le bronze, alliage de cuivre et d’étain, est une matière utilisée dans l’art chinois depuis l’antique civilisation des Shang (-1765 ; -1122 av. J.C.). Outre l’apparition des chars et de l’écriture, la dynastie Shang voit apparaitre les tous premiers objets en bronze, les civilisations du continent eurasiatique quittant progressivement l’âge de pierre au profit du premier alliage facilement malléable par l’homme.
Les premiers pas du bronze.
Les premiers bronzes retrouvés et que l’on peut dater du début de l’ère des Shang possèdent une teinte caractéristique, due à leur enfouissement prolongé, qui séduit les amateurs. Ils sont néanmoins encore à cette période assez primitifs, et présentent en majorité un caractère purement usuel : armes, lames, vaisselle grossière pour les solides et liquides comme en témoignent les verseurs tripodes de type Jue. Mais leur caractère primitif ne leur enlève en rien leur charme et leur attrait. Les artisans bronziers de cette époque utilisent une technique particulière pour la mise en forme et les décors de ces objets. La technique de la cire perdue n’ayant pas encore été mise au point, ils utilisent les moules à pièces, constitués de segments de terre cuite assemblés et tenus à l’arrière. L’utilisation de ces segments, avec un décor gravé et relief, produisent des décors disposés en registres horizontaux et de type géométrique. Au fur et à mesure de la mise au point de la technique, les pièces de bronze se font plus grandes, les parois plus épaisses. La vaisselle liturgique constitue dès lors la plus grande part de la production, au vu des nombreuses inscriptions dédicatoires. On produit alors des services entiers, qui n’ont d’ailleurs de services que le nom puisque chaque pièce était différente, qui vont servir lors de banquets ou est pratiqué le culte des Ancêtres. Il faut préciser une chose : il n’y a jamais eu en Chine de culte monothéiste comme c’est le cas dans les pays occidentaux. On vénère les Ancêtres, le souvenir des anciens, ce qui explique l’absence de toutes représentations de déités à cette période. Les bronzes se parent de motifs géométriques dits Leiwen (caractère tonnerre) ainsi que du traditionnel masque du Taotié, bête mythique et protectrice flanquée de croc et de cornes. A l’apogée de la période Shang en matière de bronze (symbolisée par les vases retrouvés sur le site de Xiaotun), dragons de type Kui, cigales, oiseaux affrontés, chimères, serpents….et têtes bovines au sud (prouvant l’existence de particularités artistiques selon les régions) enrichissent le répertoire décoratif, formant un bestiaire des plus varié.
Une évolution importante : la cire perdue.
C’est sous la domination des Zhou de l’Est (-741, -221) que la technique de la cire perdue fait son apparition dans l’art du bronze. Déjà utilisée dans d’autre pays du continent eurasien, il est étonnant que son apparition soit si tardive. On peut peut-être mettre ce retard sur le compte des multiples conflits qui éclatent dans le pays, de l’anéantissement de l’Empire Shang par les Zhou de l’est en -1122, au conflit de -771 opposant les Zhou de l’ouest à leur vassaux révoltés, et amenant à l’avènement des Zhou de l’est.
C’est la première période des Zhou de l’est (-771, -221), désignée par les annales du Royaume du Lu comme la période des « Printemps et Automnes », qui voit l’apparition de cette nouvelle technique de mise en forme.
Petite explication. On réalise deux parties en fonderie : le noyau (partie intérieure de l’objet) recouvert de cire, et la chape (partie extérieure), comprenant le décor en relief de la pièce à venir et recouvrant la cire. La cire est ensuite évacuée à la chaleur. Le bronze liquide est ensuite coulé à la place de la cire, et va prendre la forme induite par les deux parties du moule. Les moules nécessaires à cette technique pouvaient être ensuite réemployés car ils étaient réalisés par assemblage. La production de pièce en série est alors possible, contrairement à ce qui se passait avec les moules à pièces qui étaient eux détruits.
Cette technique va être utilisée avec parcimonie par les fondeurs des Zhou, qui préfèrent l’amalgamer avec l’ancienne technique du moule. On peut ainsi avoir les deux techniques présentes pour la réalisation d’un seul objet.
Si à cette période les décors sont de plus en plus riches et les pièces de plus en plus ornementales, ce n’est rien comparé aux pièces produites à la période suivante : celle des Royaumes Combattants. En -435, le royaume le plus puissant, le Jin, se fait démanteler par ses voisins. S’engagent alors de nombreux conflits dont n’émergeront vainqueurs que sept royaumes, contre les 200 en puissance à période précédente. On va apprécier un art somptuaire et les bronzes perdent leur caractère liturgique traditionnel (ce déclin du caractère liturgique avait déjà été amorcé sous le Printemps et Automnes).
L’art naturaliste, inspiré de l’art des steppes, se fait de plus en plus présent et on voit apparaitre à cette période les premières représentations de figure humaine.
Une technique parmi tant d’autres…
Le bronze, alors à son apogée, connait le début de son déclin à partir de la dynastie suivante. Les Qin (-221, -206 av. J.C.) sont plus connus pour avoir fait l’unité de la Chine que pour leur réalisation de bronze. De plus, leur règne est bref, et même l’empereur le plus important de cette dynastie à savoir Qin Shihuangdi, célèbre pour son armée de terre cuite de Xi’an, ainsi que pour l’unification de la monnaie, des routes, et de la Grande Muraille, ne laisse aucune trace dans l’histoire du bronze. Cette technique connait un sursaut sous les Han de l’Ouest avec des réalisations somptuaires (grandes statues, brûles parfum-Bôshanlù, pieds de tables, lampes à huile…). Puis sous les Han de l’Est on remplace progressivement le bronze par des techniques alternatives et moins couteuses, comme la céramique. Les bronzes perdent tout caractère somptuaire, et l’on observe une production assez grossière, souvent de piètre qualité.
En 908, les Song redécouvrent ces productions. Ils les étudient, les classent et les nomment (les dénominations actuelles comme verseuse Jué, vase Gui, tripode Ding ou coupe à libation Gu) ne sont que des dénominations données en fonction de l’usage des objets par les intellectuels et esthètes Song.
La dynastie Song va initier une pensée qui aura court tout au long des siècles suivant : la nostalgie des époques passées, et principalement des périodes d’apogée de l’Empire. Parmi ces périodes, on regroupe la période Tang, mais aussi la période Han (le peuple chinois d’aujourd’hui se réclame d’ailleurs encore comme descendant des Han).
On s’intéresse alors à ces périodes, à leurs techniques, et ainsi le bronze renait, est réemployé pour les décors, les statuettes de qualité… Le bronze ne sera donc plus utilisé qu’à des fins ornementales, la vaisselle étant maintenant entièrement faite de céramique. C’est à partir de là que vont fleurir les petites statuettes de bronzes, représentant divinités et personnages, et qui perdurent jusque dans les dynasties à venir comme celle de Ming, dont nous avons ici un exemple.
Afin de présenter ces deux statuettes, il convient de faire un point sur l’art bouddhique en Chine. Le Bouddhisme, venu d’Inde, est introduit sur le territoire chinois sous la dynastie des Han. Par sa civilisation, son ancienneté, la Chine ne semble pas à cette époque destinée à recevoir la
doctrine bouddhiste et à l’accepter, étant très ancrée dans la tradition de la philosophie Confucéenne. Cependant, ce nouveau dogme reçoit un très grand succès et va se développer par la suite dans tout l’Extrême Orient, le bouddhisme chinois possédant par certains aspects ses propres caractéristiques.
Le Bouddhisme arrive en Chine par l’intermédiaire des marchands venus d’Asie centrale, très certainement au Ier siècle. Il ne connait à ses débuts qu’un très faible succès, étant cantonné à de petites communautés d’étrangers, rejoins par des missionnaires venus d’Asie. C’est au second siècle que l’on va commencer à amalgamer la tradition confucéenne aux nouvelles croyances bouddhiques, notamment suite à une cérémonie célébrée par l’Empereur lui-même en 166.
L’art bouddhique utilise tous les supports artistiques connus en Chine: peinture, sculpture, céramique, bronze…tous utilisés de façon somptuaire ou grandiose pour vénérer les divinités.
Pour le coté grandiose, il n’est de meilleur exemple que les Bouddhas monumentaux, sculptés à l’époque des dynasties du Nord et du Sud dans les grottes de Yungang au Shaanxi. Les peintures des grottes de Dunhuang sont aussi représentatives de cet engouement pour ce nouveau mode de pensée.
L’un des premiers témoignages de l’art bouddhique est conservé à l’heure actuelle à l’Asian Muséum of Art de San Francisco. Il s’agit d’une petite statuette de Bouddha, toute en bronze doré, les mains croisés sur la poitrine, reproduisant ainsi l’adaptation chinoise du dhyana mudra (geste de méditation).
On note sur cette statuette les caractères esthétiques traditionnels de Buddha : les sourcils et traits du visage bien marqués, le chignon, les oreilles pendantes. Les plis des vêtements reprennent l’inspiration gandhârienne, et retombent de façon symétrique le long du corps. Cette iconographie va être reprise pour les représentations futures de Buddha, mais aussi pour les représentations des autres boddhisattva et divinités bouddhiques. Cela étant, il est courant au début de retrouver dans certaines représentations des influences de l’esthétique occidentale. Les représentations en bronze sont nombreuses, les évolutions techniques et décoratives introduites sous les Zhou étant alors poussées à leur maximum. Des Wei du Nord, jusqu’aux Ming, époque date de ces statuettes, les iconographies évoluent, mais gardent toujours le caractère traditionnel. C’est sous les Wei de l’est que la sinisation des personnages est poussée à l’extrême. D’une manière générale, l’art bouddhique penche vers un réalisme de plus ou plus fort au fur et à mesure des dynasties.
Est à noter une évolution importante : les Song vont peu à peu féminiser le personnage du bodhisattva Avalokiteshvara, symbole de compassion, et le nommer Guan Yin.
Guan Di et Guan Yin : deux divinités magnifiées par le bronze.
Parlons enfin de ces deux personnages emblématiques de la croyance bouddhique.
Le Bouddhisme, très répandu en Chine, fait de ce pays l’un des principaux détenteurs d’art Bouddhique dans le continent eurasiatique à l’heure actuelle. Sous les dernières dynasties Ming et Qing, on constate un accroissement de la production de statuettes votives faites de bronze. Toujours faits selon la pratique maintenant séculaire de la cire perdue, on magnifie les objets en les recouvrant de laque d’or. Comme en témoignent les traces d’or sur ces statuettes.
Statutte de Guan Di en bronze, Fin de la Dynastie Ming (mi-XVIIème siècle). En vente sur Expertissim.
Nous avons d’un coté le personnage de Guan di. Divinité guerrière à l’origine dans la tradition confucéenne, c’est en faite la divinisation du personnage de Guan Yu, personnage célèbre de la période des Trois Royaumes, fin dynastie Han. Considéré comme un guerrier invincible de son vivant, symbole de vertu, de courage et de fidélité, il est élevé au rang de sage à l’égal de Confucius par les taoïstes, et au rang de boddhisattva par les bouddhistes sous les Sui. Il est le plus souvent représenté avec sa grande hallebarde, et comme un grand personnage au visage rouge, cela étant, il ne béni pas que les guerriers et participe, par son statut de boddhisattva, à l’enseignement des êtres pour leur permettre d’accéder à l’Eveil. C’est la raison pour laquelle il est représenté dans cette position : la main droite en vitraka mudra (geste de l’enseignement) et la main gauche en dhyana mudra (geste de méditation) tenant un bol à aumône.
Statuette du Boddhisattva Guan Yin en bronze, Fin de la dynastie Ming (mi-XVIIème siècle). En vente sur Expertissim.
La seconde statuette représente le boddhisattva Guan Yin, version chinoise d’Avalokitésvara. Avalokitésvara est l’un des boddhisattva les plus loué par les chinois. Cette divinité subie presque naturellement une féminisation à la période des Song, sans doute par volonté populaire. Avalokitésvara est réputé pour avoir voulu apporter l’Eveil à toutes les créatures vivantes sur terre, homme ou animal. On le retrouve ainsi souvent en peinture, représenté parlant ou entouré d’animaux, ou dans des statues en céramique s’occupant de jeunes enfants, protecteur. Cette iconographie de Guan Yin tenant dans ses bras un jeune enfant est d’ailleurs très utilisée dans les productions de blancs du Fujian, sortant des fours de Dehua sous la dynastie Qing.
Il est également souvent représenté assis les jambes croisées dans la position du lotus, ou seulement avec un genou plié. On trouve sur cette représentation le geste du vitraka mudra.
Les bronzes bouddhiques de la période Ming possèdent une qualité d’exécution remarquable. Ils étaient également très richement parés, ornés comme dit plus haut de laque d’or, parfois sertis de pierres précieuses. On aime les matériaux précieux, le caractère hautement décoratif de ces statuettes typiques des réalisations de cette période.
Les bronzes chinois, alliés à l’iconographie bouddhique, gagnent en mysticisme et se hissent encore une fois au sommet de l’art chinois.
Suzanne Kabanda (Etudiante à l’I.E.S.A.)
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Référence : 2010080030
Pièces : 2
Epoque : Ming
Dimensions : 0x0x0
Estimation :
300 €-500 €
Statuette de Guandi et statuette Guanyin en bronze.
Trace de laque d'or.
Chine, fin de l'époque Ming.
Hauteur : 14 cm et 8,5 cm.
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