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SEVRES. Bouillon rond couvert et son présentoir.

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Pour comprendre l'art de la céramique, une petite histoire de la grande porcelaine

Profitons de l'occasion qu'Expertissim présente un bouillon de la Manufacture de Sèvres pour faire une petite mise au point sur la céramique, cet art du feu ancestral, dont les appellations galvaudées ne sont pas toujours bien connues. 

 

 

Terres cuites, faïences et grès : comment s'y retrouver ?

 

La manufacture de Sèvres sélectionne des artisans de choix, capables de réaliser toutes les classes de céramiques. Lorsqu'en 1824 Alexandre Brongniart, l'un des plus grands théoriciens français de la céramique, prend l'initiative d'adjoindre à la manufacture déjà réputée, un Musée céramique et vitrique à vocation technique et pédagogique, il souhaite regrouper toutes les pièces représentatives des arts du feu dans le monde et à travers les âges. On réunit alors des terres cuites, vernissées ou non, des faïences, des grès, des porcelaines, des vitraux, des émaux peints et de la verrerie. Un petit point de vocabulaire s'impose donc pour mieux comprendre la virtuose diversité dont les artisans de Sèvres font preuve.

 

 

La terre cuite est la technique la plus ancienne.

 

C'est une pâte d'argile recouverte d'une glaçure transparente au plomb, dont le but est de vitrifier l'argile, de rendre l'objet imperméable et résistant. Le « biscuit » est cuit à environ 1000°, préalablement peint grâce à des oxydes métalliques pulvérisés et broyés. Toutes les couleurs ne peuvent donc pas être plaquées sur le biscuit car elles doivent supporter la cuisson.

 

Buste de Jeune femme Maure, vendu par Expertissim

 

 

La faïence est une variante récente de la terre cuite vernissée, connue des Arabes dès le XIe siècle : l'argile est commune mais on la recouvre d'une glaçure aux oxydes d'étain qui a la propriété de donner à la pâte une blancheur, une opacité imperméable et une dureté hors du commun. La couleur de la terre étant dissimulée, les faïences présentent un fond blanc idéal pour recevoir des décors peints.

 

Grand plat creux de faïence présenté par Expertissim

 

 

Les grès sont des céramiques d'argile à forte teneur de silice, appelée « argile grésante ».

 

Une simple cuisson à très haute température (1 280° C) les vitrifie et les rend imperméables donc la glaçure ne se justifie pas. Néanmoins, leur texture est opaque, généralement grise ou marron et mate ou brillante selon les doses de projections de sel au cours de la cuisson. Le décor est émaillé directement sur le biscuit, souvent couleur bleu de cobalt, car c'est la couleur qui supporte le mieux la cuisson à 1300°. Ce décor peut être appliqué par trempage de l'objet avant cuisson dans une couverte au feldspath, ou composé d'éléments en reliefs, moulés ou modelés, puis collés.

 

 

Tête Gupta en grès, présentée par Expertissim

 

 

La porcelaine tendre est un substitut de la porcelaine dure chinoise, tant prisée par les Européens.

 

Sa transparence est obtenue par une couverte composée d'un mélange de marne calcaire, de silice et de potasse, que l'on appelle la fritte.  Sa cuisson est difficile et le décor est posé après cuisson du vernis plombifère, selon les mêmes procédés que pour la faïence. Cette technique est aujourd'hui mal connue et peu pratiquée car les recettes ont varié d'un porcelainier à l'autre, qui, les ayant jalousement tenues secrètes, les ont transportées dans leur tombe. Bien qu'elle fût longtemps privilégiée par les souverains pour son éclat et son raffinement, la porcelaine tendre, comme son nom l'indique, est de qualité moindre que la porcelaine dure et se raye au contact des couverts en acier.

 

Tasse de porcelaine tendre de Sèvres, vendues par Expertissim

 

 

La porcelaine dure, le graal des céramistes, le faire-valoir de Sèvres :

 

Cette céramique particulière dont les potiers chinois ont longtemps gardé le secret, se compose d'une terre blanche unique, composée à soixante-dix pourcents de kaolin. Les pièces sont  reconnaissables à leur couleur immaculée, que les potiers ont su exalter par une couverte transparente d'émail siliceux. Les porcelaines, contrairement aux faïences, se caractérisent par leur translucidité naturelle. Kaolin et quartz forment le diptyque parfait d'une pâte naturellement diaphane. L'argile kaolin tire son nom de la montagne chinoise Kao-lin d'où elle était extraite. C'est une argile que l'on trouve blanche à l'état brut et qui ne nécessite donc pas de couverte, sauf pour les adjonctions particulières de décor. Mais son point de fusion étant particulièrement haut, la pâte de porcelaine requiert l'addition d'un fondant, le feldspath. La couverte, uniquement à but décoratif, détient les mêmes composants que la pâte, mais sa teneur est plus forte en fondant.

 

De Vincennes à Sèvres, en suivant la voie royale du kaolin

 

Cependant le secret du kaolin reste longtemps l'apanage de l'Extrême-Orient : en 1710, seuls les potiers de Saxe le partagent avec les Asiatiques, et les français sont encore à sa recherche en 1740, lorsqu'ouvre la Manufacture de Vincennes, ancêtre de celle de Sèvres. Ses artisans sont royalement installés dans une tour du château et produisent des porcelaines tendres, très prisées par le roi et sa favorite la Marquise de Pompadour, dont on sait qu'elle fut un mécène éclairé en matière de production de luxe. Grâce à ce soutien la Manufacture de Vincennes devient manufacture royale sous Louis XV, puis en 1756 les céramistes sont installés dans un atelier plus vaste à mi-chemin entre les Tuileries et Versailles : la Manufacture de Sèvres fait ses premières armes, avec tout autant de distinction que celle de Vincennes. Deux chercheurs-céramistes révolutionnent l'art de la céramique grâce à la trouvaille d'un gisement de kaolin en 1768 près de Limoges. Dès lors, la manufacture ajoute à sa production, ô combien prestigieuse, des pièces de porcelaine dure, comme on en importait de Chine depuis des centaines d'années. La manufacture bénéficie des privilèges royaux, reçoit des modèles des plus grands artistes contemporains tels que Boucher et est dirigée par les académiciens les plus prestigieux comme Louis-Simon Boizot. Technique, art de perfection classique et modernité sont les maîtres-mots de ces ateliers fameux.

 

Plus qu'une manufacture, une industrie d'art :

 

Les oeuvres de Sèvres sont aujourd'hui d'une si grande perfection classique qu'elles peuvent nous sembler « vieillottes ». Pourtant, ces ateliers sont à la pointe de la modernité dans tous les domaines. Alexandre Brongniart, directeur de la Manufacture en 1800, est le premier savant à établir une véritable classification des céramiques, traité que l'on utilise encore au XXIe. Grâce à ce directeur dynamique, la Manufacture met en place de longues mais fructueuses recherches sur le coulage, qui permettront d'améliorer considérablement les techniques de production, sans en entacher la qualité. Ce scientifique hors-pair est aussi

le fondateur du Musée céramique et vitrique installé au sein des locaux de la Manufacture, premier musée français exclusivement consacré à la céramique et aux arts du feu, à vocation à la fois pédagogique et technique. Cette institution aux visées novatrices, se donne le but de réunir, conserver et présenter au public des céramiques de tous les temps et de tous les pays. Denis-Désiré Riocreux, peintre à la Manufacture, en devient le premier conservateur. La Manufacture n'est donc pas seulement un laboratoire scientifique d'avant-garde mais aussi un musée pédagogique aux visées très moderne. Malgré le perfectionnement de ses techniques, Sèvres reste au milieu du XIXe un atelier d'art et ne veut donc pas être confondue avec les nouvelles industries polluantes, (trop ?) modernes. L'idée est donc conserver le savoir-faire artisanal traditionnel, en gardant le statut de manufacture d'art, dont la vocation est de transmettre, de génération en génération, jusqu'à aujourd'hui, ses techniques ancestrales. Seule la modernisation du style importe, pas celle de la production.

 

 

 

Mais quel style ?

 

Celui de la France et de son histoire : A partir du XIXe, les décors des céramiques de Sèvres attirent moins les artistes mais peuvent être à juste titre considérés comme une chronique du goût français contemporain. La Manufacture étant d'Etat, l'iconographie et son style sont dictés par les régimes politiques et la propagande. Sous le Premier Empire, un renouveau radical du décor consiste à mettre en place une iconographie napoléonienne à la gloire de l'Empereur. L'Egypte est d'ailleurs un thème à l'honneur, parfait reflet de la France curieuse et victorieuse. Pendant la Restauration, des thèmes nouveaux apparaissent tels que des paysages doux et lyriques, qui se caractérisent, comme les oeuvres de l'Académie royale, par des compositions romantiques en plein air, à la campagne et des couleurs pastelles. Le Second Empire prône un net retour aux thèmes de l'Ancien Régime et la sculpture, mal considérée par les conservateurs, se voit écartée de la production. Des recherches sur les pâtes sont entamées, notamment celle de la pâte tendre en correspondance avec le goût du jour. L'élan de modernité, qui s'accentue durant la seconde moitié du XIXe, attire autant de grands peintres que le faisait la Manufacture de Vincennes : Auguste Rodin, par exemple, travaille à graver le décor sous l'émail pour lui donner encore plus de relief et de tenue.

 

 

Enfin autonome !

 

Au XXe, la virtuosité et le savoir-faire de la Manufacture permettent enfin de se laisser aller en matière de création artistique. Georges Lechevallier-Chevignard, obtient en 1927 l'autonomie financière pour la Manufacture, ce qui permet de prendre une indépendance vis-à-vis du pouvoir politique, tandis que le Musée est rattaché à la conservation du Musée du Louvre en 1934. Dans les années 1960, Les Cahiers d la céramique renouvellent le catalogue raisonné du musée, et de nombreuses salles supplémentaires accueillent le public. Les expositions temporaires attirent les foules, tandis qu'un salon unique, tel l'écrin d'un bijou précieux, est réservé à l'exposition des chefs-d'oeuvre des XVIIIe et XIXe.  L'Art Nouveau investit la production et, ce n'est personne d'autre qu'Hector Guimard, le plus célèbre artiste de ce courant, qui participe à ce renouvellement. Puis, les années 1930 sont celles de la modernité, de l'entrée dans le XXe siècle : les céramistes de Sèvres combinent avec talent la translucidité de la porcelaine avec l'éclairage, créant ainsi des pièces modernes aux formes épurées et aux tonalités contemporaines qui tendent vers l'abstraction. Les pièces de Sèvres s'exposent avec fierté et modernité, lors des grandes Expositions internationales.

 

Coupe de porcelaine de Sèvres, vendues par Expertissim

 

 

Au XXe, une pièce de Sèvres est une pièce essentielle du design :

 

Depuis les années 1950, la réflexion se fait sur les chemins de la recherche créative et du design, privilégiant les collections d'un artiste extérieur et incontestablement reconnu. Ces noms marquent sempiternellement leur style sur les pièces en porcelaine immaculée, toujours réalisées avec toute le savoir-faire traditionnel des artisans céramistes. On invite Jean Arp, Etienne Hajdu, Pierre Alechinsky, ou Serge Poliakoff pour renouveler formes et motifs. Cet engagement volontariste dans la voie du contemporain s'est trouvé réaffirmé de 1983 à 1990 avec l'Atelier expérimental de recherche et de création. La collaboration plus récente avec des artistes renommés, comme Roberto Matta, Richard Peduzzi, Ettore Sottsass ou Louise Bourgeois a permis de renouveler le vocabulaire formel.

 

 

"Biscuits" de Sèvres, vendus par Expertissim

 

 

La Cité de la céramique, une manufacture du goût  :

 

Aujourd'hui située dans des bâtiments construits en 1876, la Cité de la Céramique abrite les collections du Musés, qui se sont considérablement accrues, grâce à une politique d'acquisition dynamique. Aujourd'hui, plus de 50 000 oeuvres y sont conservées, qui donnent l'occasion de confronter des talents divers, de tous les temps et toutes les époques, comme le voulait Alexandre Brongniart. La synergie actuelle se centre sur la recherche esthétique, en tentant même de devancer les goûts contemporains, grâce à un Pôle national de la céramique et des arts du feu dont la diffusion nationale et internationale se fait depuis le centre de recherche scientifique et appliquée sur la céramique. Le Comité Colbert, constitué de conseillers scientifiques et artistiques, aide les administratifs au choix des artistes à inviter afin que la Manufacture, vieille de deux cent- cinquante ans, véhicule encore des valeurs d'excellence, d'inventivité, de technicité et de modernité, porteuses et démonstratrices du génie artisanal français. La Porcelaine française, toujours immaculée, n'est pas prête de prendre une ride.

 

 

Pauline Balayer (étudiante à l'Ecole du Louvre)

L'expertise

SEVRES. Bouillon rond couvert et son présentoir.

Référence : 51109

Epoque : 1825

Estimation :
600 €-800 €

SEVRES.

Bouillon rond couvert et son présentoir muni de deux anses à fond bleu de four rehaussé de larges guirlandes de fleurs et feuillages sur l'aile et la chute, et sur le bord de peignées et grecques. Anse à fond or, filet or au revers.

Première moitié du XIXe siècle. Marqué année 1825.

Diamètre : 19,5 cm - Longueur : 18,2 cm.

Une anse réparée.

Pour plus d'information nous vous invitons à lire l'article "Pour comprendre l'art de la céramique... " écrit par Pauline Balayer (étudiante à l'Ecole du Louvre).

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