Notre-Dame du Saint-Cordon, par J.-B. Carpeaux
Un miracle à Valenciennes
« Une troupe d’anges et de bienheureux formaient son cortège. Elle tenait à la main un immense cordon écarlate. Un ange en prit une extrémité, et d’un vol rapide en fit le tour de la ville… » Ainsi la Vierge délivra-t-elle la ville de Valenciennes de l’épidémie de peste qui la décimait en l’an 1008. Depuis lors, la dévotion populaire s’exprime à Valenciennes par une procession annuelle commémorant l’évènement.
L’œuvre d’un Valenciennois fidèle à sa ville et à ses traditions
En 1864, une nouvelle église fut édifiée pour commémorer le miracle. L’inauguration solennelle eut lieu les 4 et 5 mai 1864. A cette occasion, Jean-Baptiste Carpeaux (1827-1875), natif de la ville, revint de Paris pour participer à la cérémonie. Sous le coup de l’émotion, il esquissa un dessin gouaché représentant la Vierge tenant le Christ enfant, et surplombant la silhouette médiévale de Valenciennes. Ce dessin est encore conservé au musée des beaux-arts de Valenciennes. L’idée originelle était un groupe sculpté monumental que Carpeaux ne mena jamais à bien, faute d’argent. Mais il en réalisa une maquette en plâtre, aujourd’hui conservée au musée d’Orsay, à Paris.
L’art de Carpeaux : l’accent mis sur le « faire »
Composition probablement inspirée par la Madone Médicis de Michel-Ange dont Carpeaux avait fait un dessin lors de son voyage à Florence deux ans auparavant, ce dernier en reprend les formes contorsionnées et la tension des gestes. Mais il l’anime encore par un traitement animé de la surface, dont le caractère inachevé reflète l’originalité de son art, bien éloigné des conventions néoclassiques qui prévalaient alors. Celles-ci préconisaient les formes régulières et finies, sages et policées, effaçant toutes traces du travail préalable du sculpteur. Carpeaux au contraire entend montrer le « faire », la genèse de l’œuvre, et la façon dont, par
son travail, elle est venue au jour.
L’édition, un moyen pour l’artiste de diffuser son œuvre
D’après une autre esquisse, Carpeaux a tiré également plusieurs estampages en terre cuite, hauts de 35 cm, à partir desquels les tirages en bronze furent réalisés.
Jean Baptiste Carpeaux eut en effet recours à l’édition pour la diffusion de son œuvre, pratique courante au XIX° siècle. Les sujets édités dérivaient des œuvres envoyées au salon, comme son célèbre Ugolin conservé au musée d’Orsay, ou de la sculpture monumentale, tel le groupe de La Danse pour l’opéra Garnier. Par la suite les héritiers se rapprochèrent de la fonderie Susse, par un contrat signé en 1914 leur accordant l’exclusivité complète pour onze sujets. (La fonderie Susse est aujourd’hui la plus ancienne fonderie d’Art de France en activité.) C’est de leurs ateliers que provient le bronze proposé à la vente par Expertissim.
Une édition limitée
Il porte le numéro 8, et a été coulé à la cire perdue. Cette méthode fut en effet préférée à la fonte au sable dès le début du XX°, car, ne permettant que des éditions limitées, elle répondait ainsi au désir des éditeurs de s’éloigner de la pratique de l’industrie, et de se rapprocher de la « main de l’artiste ».
C’est l’enjeu de cette technique: permettre à plusieurs de s’approprier une part de l’œuvre de l’artiste, sans la trahir ni la diminuer.
Albane Piot - Etudiante à l'Ecole du Louvre
Experts en tableaux modernes
Référence : 2011010009
Signature : JB Carpeaux
Pièces : 1
Dimensions : 0x32x0
Estimation :
3 000 €-4 000 €
D'après Jean-Baptiste Carpeaux (1827 - 1875).
Notre-Dame du Saint-Cordon.
Bronze à patine brune.
Fonte à la cire perdue, signé sur la terrasse et cachet Susse frères fondeurs éditeurs à Paris.
Hauteur : 32 cm.
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