Plaques émaillées du XVIIe siècle
L’Antiquité, une source inépuisable d’inspiration
Les deux plaques ovales et légèrement concaves personnifient deux empereurs de la dynastie Julio-Claudienne : Silvius Othon et Sergius Galba. Tous deux, avides de prestige et de gloire, aspirent à conquérir le trône impérial de Néron. Cette ardeur politique ne sera satisfaite que par un soutien mutuel mais à l’issue funeste lorsque Silvius Othon assassine Sergius Galba et sont fils Pison. C’est cette filiation funèbre qui est mise en valeur ici par la représentation conjointe et affrontée du profil des deux personnages. Ces tablettes, du début du XVIIe siècle, renouent avec le modèle antique des médailles et de l’art de la numismatique où l’empereur était présenté de profil avec l’insigne de sa charge : la couronne de lauriers. Ces deux arts diffusent alors, dans tout l’Empire, un prototype du portrait impérial (procédé de l’« urbild ») dont les éléments caractéristiques sont ensuite repris à des fins politiques et dynastiques par les descendants de l’empereur (procédé de l’« angleichung »). Cette effigie s’affirme enfin comme le visage emblématique d’une dynastie et donc d’une époque (procédé du « zeitgesicht »).
Chacun des Augustes souverains est personnifié au moyen de détails minutieux, caractéristiques de la technique de l’émail peint. Des marques de vieillissementattestent d’une individualisation propre à l’art du portrait. Une identification claire des deux empereurs est permisegrâce à des inscriptions dorées mentionnant leur nom. L’exagération du modelé des carnations tout comme l’emploi d’une lumière surprenante célèbre l’emphase du mouvement maniériste de la fin du XVIe et du début du XVIIe siècle.
L’art méticuleux de l’émail peint
La technique de l’émail peint sur cuivre réapparaît à la fin du XVe et au début de XVIe siècle à Limoges, localité déjà connue depuis le Moyen-âge comme centre éminent de production d’orfèvreries émaillées (émaux champlevés au XIIe siècle : Châsse de saint Thomas Becket, musée du Louvre). Les émaux renaissance illustrent des scènes d’inspiration biblique, mythologique ou antique comme celles proposées par Expertissim. La technique de l’émail peint consiste à prendre une plaque de cuivre que l’on va recouvrir et protéger par une première couche d’émail sur la face. Le revers est protégé par une couche de contre-émail, saumon pour ces deux pièces. L’ensemble est ensuite cuit à 1000°C afin que la plaque soit maintenue par les deux couches d‘émaux. Une nouvelle couche est appliquée sur laquelle va être transposé le dessin. Enfin, l’artisan émailleur dispose une
par une les différentes couleurs d'émail, en fonction de leur résistance à la chaleur. Les deux créations présentées par Expertissim, s’inscrivent dans le prolongement de la technique renaissante des émaux peints dont les artistes emblématiques sont au XVe siècle, Jean Fouquet (autoportrait de l’artiste, musée du Louvre) et Léonard Limosin au XVIe siècle (portrait d’Anne de Montmorency, musée du Louvre).
Une œuvre charnière
Ces deux réalisations, fédérant époque renaissante et époque moderne, se placent au carrefour de plusieurs influences :
· Renaissantestout d’abord, par l’iconographie d’empereurs Judéo-Claudien faisant revivre la culture antique et dont les hommes desXVIe et XVII siècles se considèrent comme les héritiers directs. De cette filiation nait un engouement pour la redécouverte d’anciennes pratiques antiques, comme ici celui du portrait qui s’émancipera de cet héritage pour devenir peu à peu un genre autonome marqué par l’influence des peintres flamands.
· Maniéristesensuite, par l’exacerbation et l’excentricité des formes serpentines déformant les visages, les tons acidulés et un jeu d’ombres et de lumièrestrèsprononcées. Ce courant, qualifié de « maniériste » par les théoriciens du classicisme du XVIe siècle, développe un art intellectuel et artificiel, s’affranchissant des canons vraisemblables de l’art renaissant. Les fondements même de cette école provoquent alors une crise de la Renaissance fondée sur une remise en cause de ses racines.
Les deux plaques émaillées, présentées par Expertissm.com sont emblématiques de l’art de ce début du XVIIe siècle, où courant maniériste et influences antiquités trouvent leur plus belle expression au moyen d’une technique renaissante et perfectionnée : l’émail peint. C’est de cette heureuse harmonie que les artistes font revivre avec brio l’héritage du gout antique exacerbant les arts du portrait, des médailles et des camées.
Peter FAGES (étudiant à l’Ecole du Louvre).
Experts en mobilier, objets d'art et sculptures des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles
Référence : 2010060176
Pièces : 2
Epoque : Vers 1600
Estimation :
300 €-500 €
Deux plaques ovales en cuivre émaillé polychrome et doré ornées du profil lauré de l'empereur romain Silvius Othon et de celui de Sergius Galba.
Contre-émail saumon.
Atelier limousin, vers 1600.
(Trous de fixation et petits accidents)
Hauteur : 8 cm.
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