Damasquinage et Verre Eglomisé : alliance de prouesses techniques.
Il est des objets pour lesquels les artisans et artistes ont su faire preuve de talent et d’ingéniosité dans leurs créations. Grâce à cela, ils hissent parfois leur pièces, si usuelles soient elles, au rang de véritable œuvres d’art, trésors d’ingéniosité et de précision artistique.
Ce petit carnet, présenté aujourd’hui par Expertissim, nous offre l’occasion de nous pencher sur deux techniques particulières d’ornementation, techniques précieuses et délicates, lui donnant son charme. Passer de l’usuel à l’artistique, cela semble être le but que s’était fixé son créateur.
L’utilisation des carnets, en vogue au XIXème siècle.
Noter un mot, une idée, un souvenir, un rendez-vous ou le nom de sa conquête d’un soir…tant d’occasions, de choses importantes ou non à noter, à ne pas oublier. Ce souci semble se développer au XIXème siècle. L’utilisation du carnet se démocratise à cette époque la, et l’on voit apparaitre différents types de carnets, différenciés selon leur utilisation. L’un des plus connus est sans conteste le Carnet de bal, qui entre en usage dans les années 1820. D’abord présenté sous la forme d’un éventail, on en fait plus tard un objet d’art en le parant de matières précieuses comme l’ivoire, la nacre…. Autre carnets utilisés : les carnets de voyages, qui vont devenir un genre littéraire en eux même par la suite, avec notamment les œuvres de Zola. Ici, ce carnet est plus une sorte d’agenda actuel, au vu du nom des jours inscrits sur chaque page, d’une belle calligraphie ancienne alliant courbes et lettres gothiques. Un carnet de souvenir, de notes, prises au jour le jour, ou de rendez vous prévus.
L’usage de plus en plus prononcé de ce type d’objet, ainsi que l’émergence à cette époque d’une classe plutôt bourgeoise au sein des villes, s’entourant de belles choses de qualité, poussent les créateurs à verser dans une ornementation extrême de tout objet du quotidien. Des objets usuels vont devenir de véritables œuvres d’art miniatures, que l’on se plait à montrer lors de sorties en société ou autre.
Le damasquinage : un art venu d’Orient.
La technique du damasquinage vient, comme son nom l’indique, de la ville de Damas, capitale Syrienne, dont les origines remontent au IVème millénaire avant J.C. Le damasquinage fût découvert et mis au point à Eibar, par Eusebio de Zuloaga. Cette technique du damasquinage consiste à enchâsser un fil de cuivre, d’or ou d’argent sur un support métallique souvent en acier ou en fer. On va creuser dans le support métallique et ciseler le dessin préalable à la pointe sèche ou à l’eau forte. Le fil une fois incrusté forme le motif décoratif, motif que l’on nomme une « damasquinure ». A l’origine, on incruste surtout de l’or (24 carats) dans de l’acier. On l’utilise alors principalement dans pour les armes. Cette technique va transiter par Tolède, puis se répandre dans le bassin méditerranéen jusqu’en occident. Beaucoup utilisé au Moyen Age, elle tombe plus ou moins dans l’oublie jusqu’au XXème siècle, ou l’on redécouvre les techniques anciennes, en même temps qu’on les allie aux nouveautés induites par la Révolution Industrielle, les progrès techniques…de nombreuses pièces sont exposées notamment à
l’Exposition Universelles de Londres en 1862, et y sont d’ailleurs primées. On retrouve ici le travail des orfèvres dans le traitement des motifs, fins et précis sur l’acier damasquiné. Toutefois, malgré des origines syriennes attestées, d’anciens textes font état de l’utilisation du damasquinage en Gaule…Ce procédé fit la gloire de Tolède, et il est normal qu’il soit intégrer dans l’art du XIXème siècle, époque ou raffinement et beauté étaient à ce point de mise dans les arts décoratifs.
Le fixé sous verre : les tableaux-miniatures.
La technique du fixé sous verre, est traditionnellement attribuée aux artistes verriers de Murano, grand centre de production verrier de la lagune de Venise dès le XVIème siècle. Cette technique consiste à peindre les motifs au revers d’une plaque de verre, donnant l’illusion d’un tableau encadré et recouvert d’une plaque de verre indépendante. Ce procédé tire sa complexité de l’ordre rigoureux dans lequel il faut peindre les éléments de l’image. Traditionnellement, on peint d’abord les aspects généraux (visage, ciel…) avant de peindre les détails (petits éléments d’un paysage, nez, yeux du visage…). Dans ce cas ci, c’est le procédé inverse qui doit être effectué. De plus, l’artiste doit avoir une maîtrise parfaite de cette technique afin de réaliser les motifs en inversés, n’oubliant jamais que la peinture est vue de l’autre coté de la plaque de verre. Ce procédé est ce que l’on peut nommer un dérivé de la technique du verre églomisé, pour lequel on joue également avec des feuilles d’or sous verre.
Cela étant, selon certaines sources, la connaissance de cette pratique est attestée dès l’Antiquité, notamment chez les égyptiens. Les thèmes traités dans ces peintures sous verre subissent la même évolution que la peinture traditionnelle. On voit dans ses débuts beaucoup d’ex-voto, images religieuses. On passe ensuite à l’influence caravagesque des paysages. Au XVIIIème siècle, les toiles de Largillière, Chardin, Greuze ou Boucher sont aussi reprises dans ces petits tableaux miniatures, jamais très grands au vu de la complexité technique. Aujourd’hui on trouve peu d’artistes contemporains pour pratiquer cet « art de la miniature », à part quelques exemples notables d’artistes de BlauReiter, Kandinsky…
La combinaison de ces deux techniques rend ce carnet du XIXème siècle beaucoup plus précieux que ne le serait un simple carnet à la reliure de cuir, un véritable objet de luxe. On ne peut rester insensible à ce petit carnet-bijou, sa qualité d’exécution étant digne des plus grands travaux d’orfèvres et peintres de l’époque.
Suzanne Kabanda (Etudiante à l'I.E.S.A.)
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Référence : 520110
Epoque : Epoque Napoléon III.
Dimensions : Hauteur : 11 cm - Largeur : 7 cm.
Estimation :
NC
Petit carnet en acier damasquiné, une face encadrant un paysage en fixé sous verre, l'autre à décor d'oiseaux dans des rinceaux feuillagés. Avec son portemine en ivoire.
Petits accidents et piqûres.
Epoque Napoléon III.
Hauteur : 11 cm - Largeur : 7 cm.
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