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Accueil L'art et vous Le lifting des livres

23 juil. 2010 09:50:07

Le lifting des livres

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1810, qu’est-ce qui change ?

 

Le livre n’échappe pas à la Révolution industrielle : la typographie et la presse à bras cèdent la place à la stéréotypie et à la presse rotative en métal mécanisée (à vapeur), permettant un accroissement considérable du nombre de tirages. Stanhope (1810) imagine un procédé de clichage des caractères mobiles, une sorte de mémorisation qui facilite les réimpressions en très grand nombre. Puis, la linotype et la monotype participent à la Révolution mais à la fin du siècle seulement : la composition par ligne est dès lors automatique, la fonte directe se fait grâce à une composeuse-fondeuse et les poinçons sont actionnés par un clavier. Grâce à cet ancêtre de la machine à écrire, les imprimeurs de la veille du XXe siècle ne débitent pas moins de 1000 feuilles par heure. En 1840, le tirage moyen s’élève à deux mille exemplaires et l’Assommoir de Zola (1877) représente le best-seller du siècle grâce à ses soixante mille impressions .

Et le papier change aussi ! Moins chère et plus facile à créer que la pâte à papier de chiffon, celle de bois remporte tous les suffrages ; malheureusement, ce papier fortement acide jaunit et s’effrite vite : il faudra donc imaginer des usines de pâte à papier au sein desquelles on désacidifie le bois afin de prolonger sa durée de vie. L’industrie papetière est née, les feuilles abondent, le livre n’est désormais plus un luxe… encore faut-il savoir lire  !

 

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Et la lecture fut

 

La Révolution industrielle permet une relative vulgarisation du livre qui n’était déjà plus l’apanage de l’Eglise depuis plusieurs siècles. Cependant, il faut savoir lire, ce qui n’était pas le cas pour une grande majorité de la population au XIXe, c’est pourquoi François Guizot (loi de 1833) et Jules Ferry s’attaquent à ce problème avec sérieux. Pari gagné en 1914 : seuls quatre pour cent des hommes sont illettrés alors qu’ils étaient encore la moitié en 1850. En outre, les premiers feuillets journalistiques font leur apparition sur ce marché très prisé , donnant naissance à un formidable moyen de communication et d’information que tous plébiscitent avec enthousiasme : le coût est moins élevé que celui d’un ouvrage, sa propagation est donc rapide et efficace. Les auteurs ne tardent pas à comprendre l’impact de ce nouvel outil et imaginent très vite le roman-feuilleton, une histoire diffusée par épisode pour mieux accrocher le lecteur. Ainsi, les personnes les moins aisées peuvent s’abonner à un journal pour s’informer des dernières brèves mais aussi pour se distraire par la lecture d’histoires moins bourgeoises. La plupart des romans-feuilletons remportent un franc succès et sont donc également publiés pour passer à la postérité. C’est ainsi que Victor Hugo, Honoré de Balzac, Eugène Sue ou Jules Verne font leurs premières armes, ouvrant un accès à la gloire aux auteurs de littérature. Le XIXe s’impose donc comme le siècle du roman et de la curiosité : la lecture devient un loisir plus commun.

La preuve ! Les maisons d’édition telles que celle de Louis Hachette, mère des romans de gare et de nos kiosques à journaux ou celle des frères Flammarion, spécialisée dans l’impression d’ouvrages de vulgarisation scientifique fleurissent avec succès. Une véritable concurrence se joue alors entre les éditeurs passionnés et engagés (parfois politiquement), et cette concurrence les incite à multiplier techniques et ruses pour tirer des ouvrages à succès en très grand nombre. A la fin du XIXe, siècle du roman et du journalisme, on recense une moyenne de dix mille exemplaires par titre.

 

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Le calme avant la tempête

 

L’édition du XXe siècle est elle-aussi remarquable car le XIXe l’a longuement préparée. L’alphabétisation massive accroît considérablement la demande de livres, entraînant une diversification des formats et des papiers, mais surtout des genres littéraires. Le marché du livre s’ouvre sur une période propice grâce à la photographie et à l’héliogravure, techniques qui permettent l’impression facile et directe d’images au sein du texte. L’offset (1904) écarte définitivement l’héliogravure : ce nouveau système constitué de rouleaux de caoutchouc encrés augmente le nombre de tirages photographiques par rapport à la gravure à plat pratiquée depuis le XVIIIe. Les photocomposeuses à clavier, sortes de machines à réduire le temps de travail des fondeuses, facilitent la mise en page avant impression et réduisent les manipulations annexes de fabrication des caractères ; on obtient désormais des textes clairs et aérés dont on peut corriger format et style des caractères sans gaspillage de papier. L’imprimerie s’avance donc tout doucement vers les techniques informatiques qui métamorphoseront le visage du livre durant le dernier quart du XXe siècle.

L’ordinateur et les logiciels de Publication Assistée par Ordinateur font irruption chez les éditeurs avant de s’imposer chez les auteurs qui n’ont dès lors plus besoin de faire appel à des techniciens spécialistes : le coût de l’impression est une fois de plus revu à la baisse.

Les maisons d’édition se multiplient dès le début du siècle, puis se regroupent et se concentrent, élisant un genre de prédilection afin de cibler une clientèle précise. Dans la première

partie du XXe, les éditions Flammarion, Hachette, Larousse ou Gallimard font des petits grâce aux intellectuels engagés qui investissent, mais la censure s’active pendant la deuxième guerre mondiale et freine logiquement certaines maisons. Pourtant, les années 1960 connaissent une relance formidable et vraiment moderne, pendant laquelle le livre devient un objet d’étude essentiel (le nombre des étudiants croît rapidement), mais aussi une affaire marketing : les journalistes orientent le marché du lecteur, on invente le best-seller pour faire la promotion d’un auteur-star, et les prix-concours se multiplient, devenant plus une affaire de médias que de littérature. Le Livre de Poche lancé en 1953 par Hachette, et Librio, une collection de livres à dix francs (deux euros actuellement) créée par Hachette en 1994, constituent des moyens marketting efficaces.

 

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Pourtant les Français lisent moins, ou plutôt ils lisent autrement : le livre est officiellement entré dans ce que les sociologues appellent « culture de masse » et tout compte fait, la démocratisation de la lecture affaiblit sa valeur. Les magazines ou les journaux voient leur taux d’abonnement augmenter contrairement aux romans qui se tirent en moyenne à huit mille cinq-cents exemplaires (mille cinq-cents de moins qu’à la fin du XIXe), ce qui atteste une évolution du rapport au texte. En effet, les Français préfèrent une lecture séquentielle à une lecture exhaustive, une lecture par laquelle ils recherchent et sélectionnent une information précise. Le lecteur ressent donc moins l’envie de se plonger dans un roman de fiction pour se distraire, faute de temps ou d’argent, mais il préfère un petit texte quotidien, qui semble le concerner de plus près. Internet ne change pas la donne, bien au contraire : la prépondérance de la mise en page claire voire vide et l’abondance des images peu ou prou en rapport avec les textes incite la lecture dispersée, parsemée et sélective. Alors, comment le livre authentique et relié, celui qui contient de longs récits parfois jugés fastidieux à parcourir, peut-il survivre dans cette jungle médiatique ?

 

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 Vite, sauvez les livres !

 

On l’aura compris, notre bon vieux livre est un objet de collection qui n’a plus la côte. Depuis quelques années les auteurs et les maisons d’édition ont compris que les lecteurs étaient aussi des internautes qui ressentaient l’envie de jouer avec la culture écrite ; c’est pourquoi on a lancé le livre électronique, un petit ordinateur pouvant contenir plusieurs dizaines voire plusieurs centaines de livres papiers. Un peu plus cher qu’un ouvrage classique mais tellement plus perfectionné, cette bibliothèque virtuelle contient une mémoire et une batterie d’options incomparables qui permettent au lecteur de jouer avec tous les textes enregistrés. Mais quel paradoxe ! Cet ordinateur de poche permet de se réapproprier le livre par le moyen d’une interactivité inédite mais le vrai texte est supplanté par un tout virtuel composé de liens hypertextes reliés à Internet. Pour que le livre devienne celui dont vous êtes le héros, les éditeurs ont été contraints de le dématérialiser. Puisque l’on juge que le livre ne nous transporte pas assez, l’interactivité semble le seul hameçon pour les lecteurs fainéants.

Cependant, l’e-book n’est pas réellement démocratisé et bon nombre d’entre nous plébiscitent encore l’odeur du papier et les sensations tactiles du livre traditionnel par rapport à la lecture sur écran. De plus, on peut craindre des « bugs » qui entraîneraient, à terme, la dissolution d’œuvres majeures. Néanmoins, remercions ce bijou de technologie qui pour l’instant rappelle les lecteurs réfractaires vers les « vrais » livres qu’ils ne lisaient plus systématiquement ; l'e-book attribue une valeur d'autant plus inestimable à ces agglomérats de papier, ne serait-ce que parce qu'=e lui, contrairement à notre livre traditionnel, ne retient aucune histoire entre ses pages.

Collectionnons donc vite les ouvrages rares , vieux et précieux qui sentent la poussière et le vécu avant que ces derniers spectateurs de notre civilisation ne disparaissent ! Et n'oubliez pas ce dernier conseil de rat de bibliothèque : le livre électronique et la plage ne font pas bon ménage, préférez un livre papier pour occuper vos après-midis de lézards !

 

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Je clôts donc ce dernier épisode de l'aventure livresque en espérant que cette saga estivale aura pu vous éclairer sur l'histoire et la valeur des ouvrages de collection.

Nous vous souhaitons d'agréables vacances et de belles promenades littéraires !

 

Pauline Balayer (étudiante à l'Ecole du Louvre).

 

 

Des questions restent ? Une énigme de vocabulaire ? N'hésitez pas à consulter notre glossaire !

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Histoire du livre, livre électronique, livre imprimé, manuscrit, période industrielle, siècle du roman, XIXe, XXe

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