L'art et vous Le Cadeau de Man Ray - 1921

13/08/2010

Le Cadeau de Man Ray - 1921

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Expertissim vous propose aujourd’hui de découvrir ou de redécouvrir l’un des artistes emblématiques du XXème siècle : le bien nommé Man Ray , à l’occasion de la vente d’une des œuvres les plus connues de cet artiste.

 

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Un dadaïste à New York.

Artiste américain, originaire de Pennsylvanie, Man Ray, né Emmanuel Radnitzky, voit le jour un 27 Aout 1890, et meurt à Paris en Novembre 1976. C’est son frère ainé qui va changer le nom de famille de ses proches, afin de les protéger de la monté de l’antisémitisme, en 1912. Quand à Emmanuel, c’est à son surnom Manny qu’il devra le diminutif Man, qu’il prendra comme pseudonyme définitif par la suite.

Mason Klein, conservateur au musée d’Art Juif de New York,  dira de lui qu’il fût sans doute le premier artiste avant-gardiste juif. Passionné très tôt par les arts, et montrant de nombreuses facilités, il va apprendre le dessin à la Boy’s Hight School. Il va aussi faire lui-même une partie de son éducation artistique en visitant de nombreux musées. Il va ensuite recevoir une bourse  pour étudier l’architecture, mais préfère travailler l’art pur, le dessin…contrairement aux attentes de sa famille. S’il les déçoit, cela ne les empêchent pas de lui aménager un atelier dans leur appartement, afin qu’il puisse s’adonner à son art. Il va devenir peintre dessinateur, et travailler comme illustrateur aux services de compagnies de Manhattan. Dans un premier temps, il se sert beaucoup de son expérience, des choses qu’il connait pour réaliser ses œuvres. Ainsi, beaucoup de ses productions contiennent des références à la couture, sa mère étant couturière, comme des aiguilles, des mannequins, des fers plats, des pelotes d’épingles et autres…

Ses premières productions montrent une tentative de reprendre le style des peintres du XIXème siècle. Mais très vite, il va admirer les avant-gardes et les modernistes , et s’inscrit en 1912 à l’Ecole de Ferrer ou il va élaborer rapidement son propre style. Installé à New York, il ne tarde pas à sympathiser avec Marcel Duchamp , et commencer à travailler sur le mouvement et sa décomposition. IL va aussi rencontrer Francis Picabia, artiste français de passage à New York. Sa première exposition personnelle à lieu en 1915. A la suite de cette rencontre, il va donc rejoindre le mouvement Dada et former avec Duchamp la branche américaine de ce mouvement.  C’est dans cette mouvance qu’il va réaliser ses premiers Readymade, sous l’influence de Duchamp. Ils vont ensemble créer la Société Anonyme, sorte de premier musée d’art contemporain des Etats Unis. Mais suite à de nombreux échecs artistiques, Man Ray, ainsi que Duchamp, concluent que le dadaïsme ne peut vivre à New York, New York étant déjà trop « dada » elle-même. Il va donc choisir de s’exiler à Paris pour continuer à travailler dans ce mouvement.

 

Le readymade, un pur produit non artistique selon Dada.

            Pure invention dadaïste, le readymade est l’œuvre emblématique du mouvement dada. C’est Marcel Duchamp qui les met à l’honneur avec sa fontaine. Le mouvement dada se veut totalement novateur, voulant faire table rase du passé, se départir de toutes les anciennes références. Ils prônent une déconstruction de l’art, la notion de valeur artistique d’une œuvre n’ayant pour eux aucun sens. Irrespectueux des anciennes icones de l’art, ils ne s’intéressent qu’à la liberté créatrice qu’offre les matériaux, objets et techniques divers dont ils se servent.

C’est  dans ce souci de désacralisation de l’œuvre que le readymade va prendre toute son ampleur. Il s’agit en faite d’un objet usuel, du quotidien, sans intérêt réel à l’origine, qui va, par la seule volonté de l’artiste devenir une œuvre d’art. L’égouttoir à bouteille de Duchamp va être le premier du genre, et Man Ray, influencé par son  ami, va également en réaliser. Le ready made peut revêtir plusieurs formes. Il y a le readymade pur : l’objet simple, posé, sans artifices ou ajouts. Il y a également le « ready made aidé » (formule jouant sur les sonorités, définie par Duchamp), pour lequel l’artiste ajoute d’autres éléments à l’objet de base pour le présenter, l’orner… L’objet surréaliste est donc, comme le disait Lautréamont « Beau comme la rencontre fortuite d’un parapluie et d’une machine à coudre sur une table de dissection ». On va assembler des objets inattendus, n’ayant à priori aucun rapport entre eux, dans le but de créer un effet de surprise. Ce que recherche les artistes, c’est créer une confusion entre des réalités différentes induites chacune par les différents objets assemblés. Le Cadeau de Man Ray est un de ceux la. Il travaille sur l’imprévu. On dit qu’il ne prévoyait presque jamais ses compositions à l’avance. Il assemble ici deux choses opposées, se contredisant l’une

l’autre. D’un coté le fer plat, objet usuel assez basique, et de l’autre ces clous accolés, empêchant toute utilisation du fer. Il y a de plus une opposition entre le coté agressif, dangereux de ces clous et le nom de l’œuvre, le cadeau, connotation douce.  L’objet usuel acquiert ici une nouvelle vie en tant qu’œuvre à part entière puisqu’exposé comme tel par l’artiste. Mais on peut se demander ce qui signifie cet assemblage disparate et illogique. Certains y ont vu une opposition, ou une complémentarité entre le fer, plus associé à la femme par sa fonction, et les clous, symboles de virilité, masculins… Ce Cadeau fut fait en collaboration avec Eric Satie , le compositeur. Si l’original est aujourd'hui perdu, et ce depuis le lendemain de sa réalisation, il avait tout de même été immortalisé en par Man Ray lui-même qui en avait prit une photographie. Il sera copié de nombreuses fois, tiré en près de 5000 exemplaires.

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Sa vie à Paris : ville d’images surréalistes.

Man Ray va, à Paris, développer son art de la photographie et de la prise d’images. Il est en effet connu pour avoir été un photographe exceptionnel. 1921 est l'année de sa rencontre avec les artistes surréalistes Louis Aragon, André Breton, Paul Eluard. C’est à Montparnasse qu’il va rencontrer Alice Prin, dite Kiki de Montparnasse, muse et modèle de beaucoup d’artistes. Elle va devenir son modèle favori, et posera d’ailleurs pour sa composition "Le Violon d’Ingres ". Il va passer du dadaïsme au surréalisme, les membres des deux groupes s’étant séparés aux alentours de 1926.

Il va réaliser de nombreuses photographies publicitaires. Ce type de demande explose dans les Paris de l’entre Deux Guerre.  Ses expérimentations  révolutionnent l’art de la photographie tel qu’on le connaissait alors. Il travaille sur la technique de solarisation, mais va surtout s’illustrer avec les photogrammes, qu’il nomme Rayogrammes (jeu de mot sur son nom : Ray/gramme). Cette technique va lui donner des images en négatif en interposant un objet entre un papier sensible et une source lumineuse. Il va ainsi créer des images d’objets fantomatiques, purement surréalistes. Parmi ses photos les plus emblématiques figurent celles réalisée pour une compagnie d’électricité. Ces photographies posent la question, par leur apparence, du statut de l’objet représenté, mais aussi du statut de la photographie elle-même, porte ouverte sur un autre monde sensible. Ces photographies sont aujourd'hui reconnues comme Les images surréalistes par excellence. En cela, dans ce domaine, Man Ray aurait précédé même André Breton.

Son talent de portraitiste est également reconnu. Vont passer devant son objectif de grands artistes comme Antonin  Artaud, Marcel Duchamp bien-sur, mais aussi Jean Coteau où Gertrude Stein. Sa série de photographies de Méret Oppenheim est un véritable succès. Il va également être celui qui va immortaliser les œuvres du Duchamp, photographiant ses readymade et compositions, comme le flacon de parfum « Belle Haleine » créé par l’artiste, figurant son alter ego Rrose Sélavy. Il ne se lassera de la photographie que dans les années trente, et rédigera d’ailleurs une sorte de manifeste sensé appuyer l’idée  que la photographie n’est pas une activité artistique.

Il va par ailleurs travailler le cinéma. Le cinéma avant-gardiste, qu’ils disent cinéma pur, requiert toute son attention. Il réalise et travaille sur des courts métrages, mettant en évidence les lignes, couleurs, compositions et formes du film lui-même, et non forcément le sujet.  Emak Bakia de 1926 et Les Mystères du Château de Dé en 1929 sont deux courts métrages que l’on lui attribue.   Il va aussi assister les films d’autres artistes, comme celui du Duchamp « Anemic Cinema », ou celui de Fernand Léger « Ballet Mécanique ». On va retrouver assez souvent dans ces courts métrages des images mécaniques, basées sur la construction même du film.

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            Man ray devra, en 1940 repartir aux Etats Unis suite à la capitulation française. Il ne reviendra à Paris que 20 ans plus tard, après avoir publié son autobiographie en 1963.

Il est aujourd’hui enterré à Montparnasse, ou son épitaphe « détaché, mais pas indifférent », peut résumer l’œuvre et la vie de cet artiste entier.

 

Suzanne Kabanda (Etudiante à l’I.E.S.A.)

 

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