21/07/2010
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Avant que la Révolution industrielle ne fasse son entrée dans le domaine de l’imprimerie, le livre traverse une période dite artisanale (1500-1810) : la presse n’évolue pas, la mise en page est manuelle et le papier reste un papier de forme (papier de chiffon coulé dans un cadre de fils de laiton). Mais pourquoi donc trouve-t-on de l’intérêt dans cette « période artisanale » ?
Malgré un certain archaïsme technique, le livre de ces années a joué un rôle indispensable dans l’éducation, la diffusion des savoirs et la domination politique : un ouvrage est désormais digne d’être appelé livre s’il possède plus de quarante-huit pages, on le publie, on le diffuse, et on lui donne même un petit titre accrocheur pour le vendre ! Le marché prend réellement son envol par rapport à l’imprimerie, devenant même une source de loisirs !
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Un livre, oui mais un vrai !
C’est au XVIe que l’on enterre les derniers codex afin d’orienter la production vers des formats plus maniables tels que les in folio, in quarto ou in octavo et même in douze. Ces noms barbares correspondent en réalité au nombre de fois que l’on plie la feuille pour en constituer un cahier : par exemple, un livre de format in quarto se compose de cahiers eux-mêmes composés d’une feuille pliée deux fois (on obtient quatre parties). On numérotait ensuite chaque cahier par une lettre et chaque page par un chiffre. Mais le livre de poche est encore loin : un octavo mesurait une bonne vingtaine de centimètres !
La reliure c’est la couverture du livre, mais c’est essentiel pour les collectionneurs en herbe car elle peut donner un indice sur la valeur de l’ouvrage. En effet, elle constitue la couche visible et protectrice du livre mais elle varie selon les époques et le commanditaire, ce qui nous indique parfois précisément l’époque et la valeur de l’ouvrage. Par exemple, au XVIe, alors que la reliure n’est encore qu’un luxe, un simple parchemin parfois doré à chaud mais peu décoré, recouvre les feuillets. Les plus aisés feront des reliures de brocards exotiques de plus en plus riches. Au XVIIe, la reliure distingue la classe sociale du commanditaire : pour les plus riche, on ajoute fleurons et armoiries dorées ainsi que quelques couleurs pour redonner vie et lumière au parchemin. Les lecteurs les plus modestes se contentent d’un maroquin rouge à filets.
Il a donc fallu attendre le siècle des Lumières pour que la reliure devienne chose courante, qu’elle soit systématiquement teintée (rouge, olive ou citron) et que tout un chacun puisse l’orner de dorures à la plaque en motifs de dentelles. Le livre est alors tout beau, tout propre, fin prêt à être mis entre toutes les mains curieuses.
*(2)
Au XVIIe, le livre imprimé, un graal cadenassé
Après avoir connu une période d’essor et de diffusion (XVIe) le livre est muselé par le pouvoir. Le XVIIe siècle est celui de l’absolutisme, de l’accroissement du pouvoir temporel et du renforcement de l’autorité politique. Les livres, morceaux de savoir, de réflexion et de critique sont bâillonnés par les rois de l’Ancien Régime qui placent le privilège d’impression en leur faveur. En 1683, il n’y a plus qu’une quarantaine d’imprimeurs en France, dont trente-six à Paris, et leurs feuilles fraîchement sorties de la presse sont très régulièrement sujettes à contrôle. Louis XIV, qui s’entourait de courtisans instruits, profitait des livres pour diffuser une historiographie royale arrangée par ses soins : le livre est diffuseur de science , autant que de propagande. De même, le Roi Soleil favorisait l’impression des textes de l’Académie Française nouvellement créée, de manière à appauvrir la production des autres presses de l’hexagone parfois contestatrices de la royauté. Les intellectuels rebelles créent des réseaux pour imprimer en Hollande, pays où l’imprimerie n’est pas corsetée par la religion ni par le pouvoir d’Ancien Régime ;
*(3)
Le livre au XVIIIe, la nouvelle lumière
Le XVIIIe n’a pas été appelé siècle des Lumières par hasard mais cela n’a rien à voir avec la découverte de l’électricité ! Cette expression désigne métaphoriquement la lumière des connaissances qui se sont propagées durant les règnes de Louis XV et Louis XVI, connaissances fondamentales pour la science moderne. Or, le livre est une fois de plus un acteur déterminant du progrès culturel, un acteur efficace qui se situe à toutes les échelles du savoir : le colporteur distribue pamphlets, almanachs et ouvrages de la bibliothèque bleue (naissance du roman de gare), la célébrissime Encyclopédie fait une entrée tonitruante sur le marché dès 1751, et les auteurs Européens créent la République des Lettres, un réseau épistolaire qui permet l’échange des savoirs.
Les récits de voyage ont le vent en poupe et la généralisation des petits formats (in douze et in seize) n’y est pas innocente. De même, l’aspect des ouvrages scientifiques est travaillé pour attirer l’attention de l’amateur curieux : la science se démocratise grâce à des textes en langue vernaculaire, mieux mis en valeur par une mise en page claire et garnis de gravures de qualité, parfois en couleur.
*(4)
Liberté, Egalité, Lecture
Louis XVI, moins méfiant que son père, libère doucement les carcans des imprimeurs ce qui permet de vendre l’Encyclopédie à vingt-quatre mille exemplaires : c’est le best-seller de son temps ! Cet ouvrage essentiel subit onze ans de remaniements et de rééditions secrètes avant de pouvoir s’imposer sur la scène culturelle tel un symbole de la victoire sur l’absolutisme et sur le pouvoir de l’Eglise. La lecture n’est plus un privilège royal ou ecclésiastique mais un objet patrimonial : en 1789, on recense dix-huit bibliothèques parisiennes. Ces nouvelles institutions, qui témoignent d’une évolution des mentalités, sont principalement monastiques mais largement ouvertes aux amateurs.
La Révolution française permet un dernier essor majeur de l’imprimerie du XVIIIe, mais un essor qui ressemble à une explosion ! Des feuilles volantes servent à véhiculer les idées nouvelles et les auteurs peuvent enfin être publiés à leur guise : on n’arrête plus les presses ! Le nouvel Etat Républicain est gourmand de culture : on confisque dix millions d’ouvrages à l’Eglise et aux nobles pour constituer des fonds de réserves des premières bibliothèques nationales déjà. On les entrepose jusqu’en 1795 dans des dépôts littéraires, puis on envisage un vain système de prêt public. Ce n’est finalement que par un décret de Napoléon en 1803 que les bibliothèques centrales apparaissent : le livre entre finalement dans le domaine patrimonial national.
Dans le prochain épisode, vous comprendrez comment le livre passe du statut de graal du savoir au statut d’objet commun...
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Pauline Balayer (étudiante à l'Ecole du Louvre).
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