07/01/2011
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Cette maquette de guillotine, fin XIXe - début XXe siècle, aujourd’hui en vente chez Expertissim ne peut laisser indifférente vu l’effet qu’elle produit dans l’inconscient populaire. La mort, destinée inéluctable et étape incontournable du cycle de la vie, est personnifiée par ce petit mécanisme en état de fonctionner. Nous sommes jetés devant l’évidence de notre destinée et celle de l’humanité, que toute civilisation souhaite annihiler par les moyens illusoires et artificiels qu’offre la vie ! Néanmoins, ce memento mori aura à cœur de vous rappeler, au pire au souvenir de la mort, au mieux l’exposition Crimes et Châtiments du Musée d’Orsay (16 mars - 27 juin 2010) !
La mort, du spirituel au laïque …
En France, l’année 1981 et la personnalité de Robert Badinter, alors Garde des Sceaux, sonne le glas de la peine de mort et avec elle de la guillotine, dont l’originale aura été pour la première fois exposé au public lors de cette grande rétrospective. De l’Antiquité à la Révolution française, la mort est placée sous le postulat d’une suprématie divine, celle de Dieu. La mort est alors une conception qui nous dépasse. Les actes de la vie et le devenir de l’âme dans l’au-delà, sont arbitrés lors du Jugement Dernier, conception et iconographie manichéenne tapissant les tympans des églises. Si la vision eschatologique du Jugement Dernier rachète les péchés de l’homme, qui soulage l’Humanité du « péché capital » ? C’est alors la Passion du Christ, son sacrifice qui permet de laver l’Humanité de son « péché originel ». La philosophie des Lumières, l’Encyclopédie et la Révolution Française « décapitent » la sacralité de la mort faisant de l’Homme un être de raison, maitre de son sort et de ses choix, fussent-ils criminels ou non ! Dès lors on peut parler de « peine capitale » et non plus de « péché originel » !
Egalité, Fraternité, Guillotiné
Le XVIIIe siècle, bien qu’érudit et éclairé, fait naitre un instrument des plus sombres et des plus funestes. Le genre humain et ses douleurs sont alors au cœur des préoccupations médicales. La guillotine devient le symbole d’une mort subite et indolore. C’est le docteur Guillotin, député de l’Assemblée Constituante, qui encourage sont utilisation par une phrase charismatique : « Messieurs, avec ma machine, je vous fais sauter la tête en un clin d’œil et vous ne souffrez pas […] La mécanique tombe comme la foudre, la tête vole, le sang jaillit, l’homme n’est plus ». L’échafaud, porte étendard de la Révolution, exalte de manière malsaine le principe révolutionnaire d’Egalité où les citoyens sont égaux devant la mort. La guillotine n’est soumisse à aucune distinction de rang social et de richesse. Le supplicié exécuté devient le symbole d’un changement de régime et d’idéologie. De même, le gibet révolutionnaire ne permet plus le salut de l’âme et interroge sur son devenir. Suit-elle le défunt dans l’au-delà ou est-elle contrainte à l’errance éternelle comme seul moyen de rédemption ? Cependant, ce bouleversement constitutionnel ne
Les Memento Mori
Le thème de la mort va profondément inspirer l’art et les artistes du XVIIe siècle pour donner naissance aux vanitas. Ces mementomori sont des allégories expressives, dénonçant les futilités des plaisirs tout en exaltant l’éphémère et la fragilité de la condition humaine. Le souvenir de la mort est symbolisé par l’introduction d’objets au sein de natures mortes, qui sont autant d’emblèmes personnifiant la mort. La représentation du crâne est la plus courante. Le sablier oula brique rongée évoquent la fuite du temps et l’issue inévitable du trépas. La création des vanitas et des Memento mori (littéralement « souviens toi que tu vas mourir »), thème profane et laïque, reflète une angoisse palpable de l’Humanité exacerbée par les cataclysmes des guerres et des épidémies. Nombreuses sont donc les peintures représentant des hommes, des femmes, des saints et des philosophes méditant sur la mort. En effet, les Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola incitent les fidèles à méditer sur l’angoisse du trépas et de la destinée.
La maquette de cette guillotine, proposée à la vente par Expertissim, est à sa manière un memento mori renvoyant à l’issue fatale du trépas. Les vanitas, thème récurrent de l’Histoire de l’art rappellent à chacun notre équité sur l’autel de la mort. Cette maquette de l’échafaud, comme sont originale d’antan, change la conception que nous avons de la mort : elle n’est plus rédemptrice mais perte de Libertés. Malgré les progrès fait par l’Homme pour retarder la mort, la quête de l’Eternité semble encore lointaine. L’apparition de nouveaux fléaux (cancers, Sida) explique la récidive de ce thème toujours actuel. La mort, incarnation de nouvelles préoccupations, sert constamment de sources d’inspiration pour les artistes contemporains. Elle est traitée sous un nouvel angle où l’éphémère est suggéré par le consumérisme et une fuite en avant de notre société.
FAGES Peter (étudiant à l’Ecole du Louvre).
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