12/08/2010
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Eau forte, lithographie, gravure, comment s'y retrouver au milieu de ces terminologies et que recouvrent-elles?
Quels sont les indices qui permettent de les distinguer et comment en pas se tromper avec d'acheter une gravure? Sylvie Collignon, expert en estampes anciennes et modernes et en gravures, accepte de nous apporter un éclairage historique, technique et artistique dans ce domaine. L'estampe est le terme général désignant toute gravure sur bois, métal ou pierre. « Du grec graphein, le verbe graver englobe deux notions : celle de la création d'une image ou d'une idée à partir d'une représentation mentale, mais également celle de sa reproduction en plusieurs exemplaires ».
Production ou reproduction ?
Reproductible, la gravure l'est par essence, contrairement à une peinture. Elle avait pour objet de diffuser largement un tableau original afin de le faire connaître. A cette fin, de nombreux ateliers de gravures florissaient en France et aux Pays Bas. Il pouvait donc y avoir autant de sujets qu'il existait de tableaux. Toutefois on peut aussi trouver des « estampes originales ». Celles-ci ne sont pas liées à un quelconque caractêre unique car elles sont tout aussi vouées à la duplication. Il s'agit plutôt d'une notion de création artistique originelle. « Pour porter cette appellation, trois conditions s'imposent : l'artiste doit être à la fois l'auteur de l'idée, celui qui la transpose sur le support et également celui qui en suit l'impression. » On parle enfin de « gravures d'interprétation », qui seraient en quelque sorte à mi-chemin entre les deux précédemment évoquées. Cette derniêre gravure est élaborée par des artistes qui, s'inspirant d'autres oeuvres, interprêtent ces derniêres.
La xylographie, gravures en relief
On ne peut pas dissocier l'histoire de l'estampe de celle de l'imprimerie. On a en effet três vite cherché à imprimer les images servant à illustrer les livres. Les premiers essais ont eu lieu en Allemagne avant Gutenberg puis se sont développés à la fin du 15ême siêcle. Ils étaient exécutés alors à partir de supports en bois, selon le procédé de la xylographie. L'école allemande était la plus productive, avec notamment Michel Wohlgemuth, le maître de Dùrer, qui illustra la Chronique du Monde de Hans Schedel. C'est avec lui que la gravure d'image prit son envol et son indépendance par rapport à l'impression de livres. » « Avec la xylographie, c'est ce qui est en relief qui sera encré. » On ne sait pas combien d'exemplaires pouvaient être exécutés à partir d'un support en bois avant que celui-ci ne s'use, mais il est évident que la xylographie est la technique la moins résistante. « Ainsi dans les gravures sur bois de Dùrer, voit-on apparaître des blancs qui correspondent au phénomêne d'usure. Cette technique très florissante au 16ême siêcle fut développée par Goltzius pour l'école flamande et par l'italien Hugo de Carpi qui réussit à décliner de superbes camaïeux. »
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Les gravures sur métal, gravures en creux
Le principal avantage de la gravure sur métal est la résistance du support. A l'inverse de la xylographie, on parle de technique en creux puisqu'une fois la plaque de cuivre attaquée (selon différents procédés), l'encre étalée sur la plaque imprêgne les creux, puis c'est en passant sous presse que la feuille de papier se teinte. « La marque de la presse laissant un léger relief sur la planche on peut ainsi aisément, au toucher, reconnaître une gravure sur métal. » La technique la plus courante est le burin, sorte de petit scalpel chirurgical. » La difficulté de l'art doit être appréciée car chaque incision donnée doit être la bonne, l'artiste ne pouvant pas corriger contrairement à la lithographie. On reconnaît les gravures au burin à leur multitude de traits systématiques, à leur aspect plutôt rigide voire sévêre. » En revanche les eaux-fortes sont plus fluides, plus libres. Exécutée sur une plaque de cuivre ou de fer, cette technique est empruntée aux armuriers. Il s'agit d'un vernis protecteur posé sur la plaque de métal et sur lequel l'artiste dessine. Plongée dans un bain d'acide,
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Les lithographies, dessins et impressions à plat
Dans l'exécution d'une lithographie, « technique découverte en 1796 par Senefelder, » l'artiste ne fait pas d'incision mais dessine sur une pierre calcaire au crayon gras. « Sur ce dessin l'encre d'impression, grasse elle aussi, viendra adhérer tandis que les parties qui doivent rester blanches sont imbibées d'eau et vont ainsi refuser l'encre. L'impression réalisée par une presse lithographique donne un caractêre plat et sans relief apparent à l'estampe ainsi obtenue. En France, l'un des premiers à l'avoir utilisée est Goya (Les quatre Taureaux de Bordeaux), puis Toulouse-Lautrec a largement contribué à son rayonnement. »
Conseils aux acheteurs potentiels
Comment reconnaître l'authenticité d'une gravure ? « Pour les estampes modernes, la signature avalise l'authenticité. Elle se trouve à droite de l'oeuvre tandis qu'à gauche figure le numéro de tirage.Pour les estampes plus anciennes, un monogramme figurait la plupart du temps sous le sujet, puis sont apparues des mentions de noms d'artistes aux 17ême et 18ême siêcles, de part et d'autre du titre. Toutefois il peut exister des épreuves d'essai ou d'atelier ne comportant aucune mention ce qui ne retire pourtant rien à leur intérêt ! »
Des sujets étaient-ils spécifiquement adaptés aux gravures ? Aux 17ême et 18ême siêcles, les grands siêcles de la gravure, on retrouve des sujets três diversifiés tels que des portraits et sujets historiques, scênes religieuses, pastorales et scênes de genre. Les sujets étaient donc relativement larges.
Qu'est-ce qu'une « gravure d'état » ? Il s'agit d'un stade d'élaboration d'une planche, d'un essai non encore abouti qui va amener l'artiste à retravailler le support, en ajoutant ou supprimant des éléments. « On connaît les états de certains artistes, tels que Rembrandt, Dà¼rer, et plus proches Picasso et Chagall ». Ces gravures rares sont souvent appréciées par les collectionneurs pour leur aspect confidentiel et dans le but de comprendre la recherche et l'évolution du travail de l'artiste.
Quels sont les critêres de choix ? « Il faut tout d'abord qu'elle soit en bon état, sans déchirures ni tâches, ni manque. Attention, au début du 20ême siêcle beaucoup d'encadreurs coupaient ou collaient les gravures. Il faut aussi qu'elle soit numérotée, même si la notion de tirages limités est três récente puisqu'elle date du 20ême siêcle. Chez les artistes contemporains, le plus fréquemment 50 à 75 planches sont produites, les tirages n'excédant en général pas les 200 numéros. Les exemplaires sont en revanche plus nombreux pour les gravures d'interprétation, leur nombre pouvant monter jusqu'à 500 numéros. » Mais surtout, il faut avoir le coup de coeur ! » Pour être sûr d'acheter une oeuvre qui nous plaît, le meilleur moyen est de l'imaginer chez soi. Alors avis aux amateurs!
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