27/12/2010
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Baccarat, histoire d'une modernité
Les caractéristiques de la manufacture résident essentiellement dans ses facultés d’innovation et de modernisation d’une technique classique qui aurait pu autrement passer de mode. Il fallut d’abord déployer des forces incomparables pour que la petite manufacture du village de Baccarat (Lorraine) , dont l’ouverture demandée au roi Louis XV en 1764 par l’évêque de Metz Louis-Joseph de Montmorency-Laval, deviennent un atelier du luxe.
Il fallut la vendre aux enchères après la faillite de 1806 ; il fallut avoir les forces de la maintenir à flots jusqu’en 1816, date à laquelle l’industriel Aimé-Gabriel d’Artigues (propriétaire d’une cristallerie belge renommée) réorienta la production. Ce dernier fut réellement le sauveur de la manufacture en introduisant des fours à cristal dans les ateliers de la ville Baccarat. Ainsi, la modeste « Verrerie Sainte-Anne » devenait la « Cristallerie de Vonêche, à Baccarat » . En 1822, Pierre-Antoine Godard-Desmarest rachète l’établissement et lui donne une nouvelle impulsion, la dernière nécessaire à son envol. Cette date marque un tournant pour l’établissement qui reçut dès lors la réputation qui lui était due, passant de commandes royales en commande aristocratiques. Les gérants de la manufacture au XIXe surent parfaitement ouvrir le marché à l’extérieur en répondant aux demandes les plus extravagantes telles que l’Escalier de cristal du Palais Dolmabahce (Istanbul). En 1860, Baccarat appose sans prétention aucune une étiquette signature sur ses pièces, étiquette qui devint une véritable signature au sable et à l’acide en 1936.
Durant la IIIe République, Baccarat développe avec soin son marché international (notamment asiatique) qui lui valut une réputation mondiale. La cristallerie approfondit aussi dans ces années-là ses flacons de parfum ; cet artisanat nouveau lié à l’essor de la mode magnifiait les fragrances les plus délicates. Le marché des flacons explose, la bouteille Baccarat est l’accessoire le plus tendance. Il faut pourtant attendre 1997 pour que le savoir-faire Baccarat s’épanouisse dans le contenu du flacon : ces dames portent le parfum de la cristallerie (Contes d’Ailleurs) aussi bien qu’elles en exhibaient les flacons un siècle auparavant.
Après la guerre, Baccarat se concentre sur le marché Américain, société en croissance rapide, riche d’une clientèle demandeuse, fortunée et coquette.
En 1964, la reconnaissance est telle que l’artisanat de cette cristallerie prestigieuse est élevé au rang d’art véritable : Baccarat a droit à sa propre rétrospective au Musée des Arts Décoratifs (Louvre, Paris) pour fêter ses deux cents ans d’existence.
La dernière innovation à signaler se situe dans le lancement de la joaillerie en 1997, peut-être pour faire un pied de nez à Swarovski mais qu’importe, le résultat n’est-il pas identique ?
De nombreux designers ont participé à la gloire des modèles Baccarat tout au long du Xxe siècle comme Georges Chevalier, Thomas Bastide, Barbara Barry ou Jean-Marie Massaud. Plus récemment, Philippe Starck a donné un coup de jeune au bâtiment de la manufacture (aujourd’hui situé place des Etats-Unis dans le 16e arrondissement de Paris) et a revisité avec une fidélité teintée d’impertinence les plus grands modèles de la marque tels le service Harcourt. Le très moderne « darkside » décoiffe mais renouvelle résolument la vision que l’on pouvait avoir de la cristallerie bicentenaire . Qui a dit que le cristal était réservé à nos grands-mères ?
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Qu'est-ce que le verre et quelle différence avec le cristal ?
Cette manufacture s’est faite connaître et reconnaître au XVIIIe par son art de la transparence et de la subtilité. Lors de l’ouverture de Baccarat , l’art du verre était à son apogée, les artisans de Venise avaient légué leurs plus grands secrets et l’Angleterre, la Bohême et bientôt la France, prenaient le relais de cet artisanat fascinant.
Mais comprenons d’abord de quoi il s’agit.
Le verre n’est ni d’origine végétale, ni d’origine animale (on s’en serait douté !) mais ce matériaux d’une immaculée transparence et d’une intense fragilité est tout de même d’origine naturelle. En effet, ce n’est que du sable, du sable fin et fondu à 1800° pour devenir suffisamment visqueux et être manipulé par l’artiste. Cependant il a longtemps été difficile de monter la température d’un four à 1800° c’est pourquoi on ajoutait des fondants, des matières comme la soude ou la potasse qui faisaient baisser la température de fusion du sable. A partir du XVIIe siècle, les artisans Anglais remplacent la soude et la
Il serait long de vous conter l’histoire des longues expérimentations qui ont mené vers ce Graal des verriers , mais sachez que le cristal, dont l’alliance ultime entre une transparence et une dureté insoupçonnées jusqu’alors, a déferlé sur l’Europe avec grand fracas dès sa découverte. Encore aujourd’hui, on se l’arrache sous toutes ses formes et Baccarat domine largement le marché…
Vous voilà maintenant armés pour comprendre l’aventure de cette manufacture unique !
Comment reconnaître un cristal Baccarat ?
L’appellation « cristal » est aujourd’hui très réglementée ; elle a été établie sur des proportions rigoureuses de plomb par poids de silice, sur la densité de la matière et sur l’indice réfraction de la lumière. Un « verre sonore » ou un « verre cristallin » ne constituent donc en rien des variétés de cristal.
Pour le reconnaître de ses deux « semblables », il suffit de le faire sonner, de le soupeser (le cristal est plus lourd que du verre) et de le mettre en pleine lumière ; le cristal parlera de lui-même. Enfin, un verre en cristal ancien est plus léger qu’un cristal moderne et s’il est fait manuellement, le dessous de son pied sera plus irrégulier et plus coupant en raison des outils utilisés par les artisans d’autrefois.
En outre, ce n’est pas l’ancienneté qui détermine la valeur et le prix de la pièce mais l a qualité du cristal ; c’est pourquoi Baccarat, qui fabrique un cristal plus chargé en plomb, plus dense et plus éclatant que la plupart de ses contemporains, se situe dans le top 5 des manufactures. Néanmoins, les services Baccarat réalisés hier sont plus abordables que les services contemporains car la quantité de plomb a augmenté au fur et à mesure que les ateliers se développaient. Par exemple, la même pièce d’un service édité en 2000 coûte plus cher que son ancêtre jumeau édité en 1900.
Ceci n’est bien entendu valable que pour les pièces les plus communes. Les objets de services ayant eu du succès dès leur première édition (tel le service Harcourt datant de 1841) sont toujours très recherchés, quelque soit leur âge.
Si vous souhaitez constituer une collection de rareté, nous vous conseillons d’investir dans les petits verres à alcool , pièces plutôt rares, cibles sûres des collectionneurs d’autant plus qu’il est difficile de les trouver en grand nombre. Il se trouve que Expertissim présente un bel assortiment de seize verres à eau et dix-neuf verres à vin jusqu’au 8 janvier. Ne perdez pas l’occasion de compléter votre service de mariage !
Enfin, Expertissim vous donne l’occasion de passer Noël comme à l’Elysée. La carafe et l’aiguière du service prestige « Juvisy » présentées sur notre site sont celles de la table du président de la République. Créé en 1823 pour le roi Louis XVIII, Juvisy a remporté les faveurs des monarques Charles X et Louis Philippe ainsi que celles de l’empereur Napoléon III. Ce service est toujours renouvelé régulièrement afin de doter les tables des Présidents de la République de pièces d’art et d’apparat. Cette collection, dont toute la subtilité réside dans la profondeur virtuose de la taille en facette, reflètera avec féerie les lumières de vos réveillons de fin d’année.
Pauline Balayer, étudiante à l’Ecole du Louvre
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