L'art et vous Orphée : pilier de la civilisation occidentale, dieu des artistes, martyrisé par la vanité féminine

13/08/2010

Orphée : pilier de la civilisation occidentale, dieu des artistes, martyrisé par la vanité féminine

0 commentaire(s)


(1)

Expertissim présente un dessin au crayon noir de Jean Julien représentant des femmes nues lapidant un jeune poète. On ne peut alors s'empêcher de rapprocher cette scène de la légende d'Orphée qui, désespéré à la mort de sa bien-aimée Eurydice se fait lapider par les femmes de Thrace et de Dionysos vexées d'être délaissées. 

 

*(1)

LE MYSTERE DU PERSONNAGE D'ORPHEE : DES SOURCES HISTORIQUES CONTRADICTOIRES FONDENT LE MYTHE

La légende d' Orphée n'appartiendrait pas au cycle primitif des traditions héroïques car son nom n'apparaît ni dans les textes d'Homère, ni dans ceux d'Hésiode. Cependant, sa légende est fixée depuis le VIe siècle avant notre ère : de grands auteurs tels que Platon ou Aristophane le citent déjà comme poète et Argonaute ou devin et fondateur des vieux cultes ; on ajoutera par la suite seulement quelques détails romanesques à ce mythe déjà bien ancré dans la culture grecque. Pour les passionnés, mais aussi pour les poètes, les philosophes et quelques historiens, Orphée était un héros réel, un Argonaute et auteur des ouvrages fondateurs de l'Orphisme. Ce personnage attire tant les curieux que les recherches ont parfois abouti à mentionner sept orphées différents. Il est donc difficile de conclure avec pertinence sur l'existence d'un Orphée historique, mais c'est précisément grâce aux mystères qui planent autour de la vie historique d'Orphée, que le mythe a connu une croissance si formidable. 

 

LA LEGENDE DIFFUSEE PAR OVIDE DANS SES METAMORPHOSES Avant d'avoir rencontrée l'amour, un poète merveilleux :

Orphée est le fils du roi de Thrace et de la Muse Calliope à qui Apollon fit don d'une lyre. C'est sur cet instrument qu'il joua ses premiers arpèges, grâce aux Muses qui lui apprirent à faire vibrer les cordes avec la plus grande harmonie. Il était si talentueux qu'il avait le pouvoir d'attendrir les bêtes féroces et ne pouvait faire un pas sans avoir les arbres et les rochers à ses trousses tant ils étaient charmés. Ce grand voyageur serait parti se joindre aux Argonautes lors de l'expédition de Colchide où sa divine musique les aida à vaincre de nombreuses difficultés. Un bouleversement majeur dans la vie d'un homme , inspire les peintres du XIXe : A son retour, il tomba passionnément amoureux de la nymphe Eurydice qu'il épousa après l'avoir séduite grâce à ses talents de poète. Ils s'installèrent en Thrace ensemble, parmi les sauvages Cicones. Mais leur idylle ne put durer car Eurydice fut un jour victime d'une tentative de viol par le berger Aristée : elle s'enfuit dans la forêt si promptement qu'elle ne vit pas le serpent qui se trouvait sur son chemin. Elle mourut de sa morsure et Orphée resta longtemps inconsolable, comme Ovide le raconte si bien : toute la Thrace connut une véritable dépression car le musicien n'avait plus assez d'amour pour chanter et enchanter. Lui vint alors l'idée héroïque de descendre à la porte des Enfers afin de charmer Charon et Cerbère par des chants plaintifs qui les persuaderaient de délivrer la nymphe. Ce poète réussit si bien à attendrir les cruels gardiens des Enfers, qu'il obtint la permission de récupérer Eurydice, à condition qu'il ne se retourne pas avant que son épouse ne soit revenue à la lumière du soleil. Mais, le chantre brûlait d'impatience de retrouver sa bien-aimée et fit l'erreur fatale de se retourner, condamnant éternellement sa douce aux Enfers

 

La mort d'Orphée , une symbolique de la mort de l'Art ?

Les mythes divergent également quant à la mort du chantre mais transmettent tous le caractère tragique de la perte immense que crée cette mort. D'après la légende la plus populaire le poète était très triste à son retour sur terre, si bien qu'il n'eut plus du tout d'inspiration pour enchanter son environnement, qu'il ne participait plus aux fêtes et délaissait l'amour des femmes de Thrace autant que le culte de Dionysos. Sa misogynie était telle qu'il dissuadait même les hommes de se marier. Les Ménades étaient furieuses d'être négligées : elles se vengèrent en lapidant le poète au bord de l'Hèbre. Ses membres épars furent réunis et enterrés par les Muses alors que sa tête et sa lyre, jetées dans le fleuve, furent entraînées par les flots sur la côte de Lesbos. Comme une preuve du respect que les grecs vouaient à cette éternelle incarnation de l'Art, sa tête fut ensevelie par les habitants de l'île, posant ainsi la fondation d'un autel sur lequel le culte porté à Orphée était sans limite. Les oracles abondaient

au point qu'Apollon en fut jaloux. La lyre fut, quant à elle, mise à l'abri par les Muses qui la transformèrent en constellation, ce qui n'est pas moins honorable. Le dessin présenté par Expertissim exprime particulièrement bien la fatalité de cette lapidation, qui provoque un cruel manque dans le monde artistique.

 

ORPHEE , PERE DE LA CIVILISATION MODERNE :

Cet immense artiste fut honoré de son vivant pour son art de la musique et de la poésie mais le succès d'Orphée est aussi dû à son rôle essentiel de civilisateur de l'occident. Pour les grecs, il était le pendant d'Homère et d'Hésiode : il avait créé le mètre héroïque noble, et grâce à toute sa virtuosité, il avait perfectionné l'art de la lyre. On honorait aussi Orphée comme l'un des pionniers de la civilisation. Il avait interdit le meurtre et appris aux hommes l'agriculture et la préparation de la nourriture. On lui devait également les connaissances que l'on possédait sur les vertus médicinales des plantes, l'écriture ou la philosophie. Il fut donc l'un des piliers du concept de culture moderne, tel que nous l'entendons aujourd'hui. Il est également important de savoir que l'orphisme était l'un des premiers monothéismes de la civilisation occidentale, ce qui fait de notre chantre martyr un philosophe de la religion. 

 

LE PHENOMENE ORPHEE : LA GLOIRE D'UN MYTHE D'UN HOMME TRANSCENDE LES ARTS ET LES AGES : 

Puisqu'Orphée est un pionnier de la civilisation, on peut le considérer à juste titre comme le père de l'Art. Son pouvoir merveilleux de l'enchantement dépend seulement de son talent musical qui s'épanouit au travers  une simple lyre et un chant, mais une telle force du vers permet de se rendre compte de l'impact de l'art dans la vie des hommes. L'art a cette incroyable faculté de doter les minéraux d'un esprit sensible aux sons musicaux, de ressusciter les âmes en partance pour l'Hadès ou encore de calmer les êtres les plus sauvages tels que Cerbère ou les Cicones aussi facilement que l'on pourrait faire danser les arbres. Père de la lyre et donc de tous les instruments à cordes pratiqués aujourd'hui, fondateur de la poésie lyrique, du théâtre et de l'opéra, Orphée est devenu au fil du temps le dieu des artistes, la dixième Muse des créateurs. Ce poète est un horizon indépassable, le modèle parfait du créateur rival des dieux car il sait émouvoir son public de la manière la plus accomplie. On retrouve donc Orphée dans les oeuvres musicales, poétiques, lyriques et picturales . De Verdi à Yves Bonnefoy, Orphée transcende les arts, les genres et les époques. Malgré cette apparente unité et permanence de la légende dans les oeuvres d'art, on relate différents épisodes de la vie du chantre selon les périodes et courants artistiques : Orphée et les Argonautes est d'abord privilégié puis au fil du temps, on se recentre sur les thèmes qui nous paraissent aujourd'hui les plus significatifs de cette existence tragique tels qu'Orphée et la musique, Eurydice, Orphée aux Enfers ou la Douleur d'Orphée. La mort d'Orphée est enfin le dernier point que chérirons les artistes, surtout au XIXe, siècle des passions, du romantisme et du retour pour le goût antique. Gustave Moreau a par exemple souvent représenté la tête d'Orphée, trophée peu glorieux des Ménades et emblème pathétique d'une fin de vie particulièrement cruelle pour le pilier de la civilisation occidentale.  Grâce à un coup de crayon assuré, J. Julien noie certaines parties du décor pour mieux se concentrer sur les éléments essentiel de ce meurtre. Soulignant la violence de l'acte des femmes de Thrace par des hachures serrées et des lignes marquées anguleuses marquées, l'artiste fait preuve d'une virtuosité sans faille pour suggérer, à l'aide d'un simple crayon, la tension extrême contenue dans cet épisode tragique.   

 

Pauline Balayer (étudiante à l'Ecole du Louvre)

Vendre vos objets en toute confiance
Expertise de vos objets d'art.
Des frais vendeurs minimes.
Clientèle internationale d’acheteurs.
Objets à vendre
Nos experts à votre service
Expertissim travaille avec trente-huit experts de renom couvrant les dix-neuf spécialités les plus importantes du marché de l'art.  voir tous les experts

CONDITIONS GÉNÉRALES D'UTILISATION | MENTIONS LÉGALES | COPYRIGHT © 2009 EXPERTISSIM. TOUS DROITS RÉSERVÉS. (CONCEPTION GRAPHIQUE : AGENCE ADVITAM)