12/08/2010
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Comment fabrique-t-on une tapisserie ? Une tapisserie est une tenture à visée décorative et utilitaire. Des fragments de tapisserie retrouvés dans le tombeau de Toutankhamon ont prouvé que les Egyptiens du XIVe avant notre ère connaissaient déjà cette technique de tissage, mais ce n'est qu'au Moyen Age que la tapisserie devint un objet d'art.
Composée de laine et de soie, parfois rehaussée de fils d'or et d'argent, la tapisserie devient au XIVe un emblème de richesse nécessaire à l'isolation des demeures médiévales.
Une tapisserie peut-être tissée en basse-lisse, c'est-à-dire sur un métier horizontal, ou bien en haute-lisse, sur un métier vertical mais le métier de liciers reste le même quelque soit la technique : il noue des fils de trame colorés sur de solides fils de chaîne, fermement tendus sur le métier grâce à des rouleaux, que l'on appelle ensouples, et des grands peignes, les verdillons et vautoirs.
L'artisan qui réalise la tapisserie détient la lourde tâche de transcrire avec la plus grande fidélité possible le carton, c'est-à-dire, le projet pictural que l'artiste a conçu au préalable.
Le métier de basse-lisse permet une production beaucoup plus rapide car le licier n'est pas soumis à une séparation manuelle des fils ; il gagne du temps en actionnant des pédales reliées à la chaîne.
Grâce à Jacques de Vaucansson (milieu du XVIIIe), des progrès techniques considérables ont été faits pour faciliter le travail du lissier mais la tapisserie reste encore aujourd'hui un art laborieux ; la prestigieuse manufacture des Gobelins déclare qu'il faut plus d'une journée pour tisser un sujet de taille humaine.
Enfin, la tapisserie est une production coûteuse car les matériaux nécessaires au tissage (soie, laine, pigments de couleur, or et argent) doivent être abondants, raffinés et de bonne qualité. C'est également un art qui demande un grand nombre d'intervenants intermédiaires : le commanditaire exprime ses désirs au marchand, qui lui-même passe par un maquettiste, un peintre , chargé du carton, et enfin un lissier.
Quel est l'intéret de la tapisserie ? La fin du Moyen Age connaît l'essor de la tapisserie car elle répond parfaitement aux critères de décoration médiévaux. D'une part, c'est un tissu souple mais dense, aisément transportable dans les différentes demeures que l'on veut isoler du froid ambiant (la cour est encore itinérante), d'autre part, les princes commandent des iconographies de plaisirs princiers, des allégories complexes qui témoignent de leur érudition, ou des motifs de chasses et de victoires, qui leur permettent d'affirmer leur autorité. Ainsi, ces tentures riches et soyeuses d'une grande cherté sont des symboles forts de la richesse et de l'érudition du commanditaire. Le fait même de posséder une tapisserie atteste donc de la grandeur du commanditaire
Quand est-ce qu'on s'intéresse à la tapisserie ?
C'est à partir de la seconde moitié du XIVe qu'apparaissent les plus grandes pièces, des cycles entiers tissés sur plusieurs tentures, où l'on peut admirer des petites figures courtoises dansantes et élégantes, sur des fonds « mille fleurs » rouge ou bleu. Les centres majeurs de manufacture de tapisserie jusqu'au XVIIe, période d'apogée de la tapisserie, sont situés dans le nord de l'Europe, autour de Paris, Bruxelles , Anvers, Tournai et Arras. Ce sont des plaques tournantes du commerce, et particulièrement du commerce textile, ce qui facilite la circulation des oeuvres.
Cependant, on a coutume de retenir une date-clef dans l'histoire stylistique de la tapisserie, date à partir de laquelle plus
Grâce à Louis XIV, la tapisserie connaît un second élan, celui de la création de la Manufacture des Gobelins en 1660 : les artisans de la manufacture sont spécialisés dans le tissage des motifs qu'ils réalisent le mieux et ne reproduisent au XVIIIe presque que des cartons de peintres prestigieux.
Au XIXe, les liciers n'ont plus vraiment le choix des thèmes et la créativité est restreinte, mais le commandes sont étatiques et aristocratiques et figurent en général des batailles, des grandes victoires napoléoniennes, ou des scènes mythologiques brillantes qui font écho aux commanditaires avec gloire.
Bernard Van Orley ou les heures de gloire de la tapisserie flamande préraphaélite: Bernard Van Orley est un peintre bruxellois de la première moitié du XIXe, mais il est essentiellement connu comme dessinateur de cartons de tapisserie très fameux : il n'a rien laissé de moins à la postérité que les très prestigieuses tentures des Chasses de Maximilien conservées au musée du Louvre. Peintre et dessinateur à la cour de Marguerite d'Autriche de Habsbourg, il constitue le pilier d'un style de transition entre les tapisseries médiévales « mille fleurs » et le style pictural des tapisseries postérieures à celle de Raphaël.
La tenture, dont cette tapisserie peinte est la copie, est tirée d'une Histoire de Romulus et Remus en six pièces, commandées par la famille Habsbourg, sans doute parce que Maximilien voulait se comparer à ces prestigieux fondateurs et faisait de son royaume la nouvelle Rome. La commande à laquelle a répondu Van Orley est donc une fois de plus une commande éclatante dont le but est politique, ce qui atteste du prestige dont jouit éternellement l'art de la tapisserie jusqu'au XVIIIe.
Mais, peut-on mêler peinture et tapisserie ?
Dès la fin du Moyen Age apparaît le « restouppeur », ce peintre anonyme employé clandestinement par le licier, dont la tâche n'est autre que retoucher les défauts de tissage. Au Pays-Bas, des mesures législatives sont prises au XVIIe afin d'éviter la fraude, mais ce métier tenu secret ne disparaît pas immédiatement.
Mais au XIXe, la situation est toute autre car les commanditaires sont toujours aussi exigeants sur la qualité de leur tapisserie mais l'artisanat est clairement en déclin, la production de qualité moindre par rapport au XVIe. Les commanditaires préfèrent donc faire peindre des tapisseries feintes, par des maîtres au pinceau assuré, d'après copie de tapisseries reconnues dans l'histoire de l'art. Ainsi, ils obtiennent une toile peinte en trompe-l'oeil, dont la qualité décorative est aussi impressionnante qu'une tapisserie de van Orley, mais la facture bien meilleure que s'ils faisaient faire une tapisserie par une manufacture contemporaine.
Voici donc comment décorer un appartement au XIXe avec une remarquable tenture de van Orley , tenture représentative des heures de gloire de la tapisserie du XVIe flamand ... trois siècles après la disparition du Maître !
Pauline Balayer (Etudiante à l'Ecole du Louvre)
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