01/12/2011
0 commentaire(s)
Expertissim propose à la vente une remarquable statue équestre en bronze. Cette œuvre unique, stupéfiante et originale s’accompagne de trois têtes, interchangeables.
Le XIXe siècle, le bal des Régimes, la valse des têtes !
*(1)
Le XIXe siècle, période d’instabilité institutionnelle, vit au rythme de la « valse des empereurs et des rois ». En moins de cents ans, le France connaitra deux Empires, la Restauration de la Monarchie et deux Républiques. Ce ballottement constitutionnel s’exprime dans l’œuvre mis en vente par Expertissim.
Trois effigies de souverains s’ajustent à une même statue équestre. La première est celle de Napoléon Bonaparte qui devient le premier Empereur des Français après le plébiscite de 1804. Son règne personnel, est alors marqué par la modernisation de la société française (Code civil ; Franc germinal ; cadastre ; instauration des Préfets et des lycées, comme celui de Louis-Le-Grand à Paris vers 1805 ; Légion d’honneur …). A l’extérieur des frontières, l’empereur fait de la France la première puissance européenne jusqu’à son abdication à Fontainebleau (1814) puis sa chute définitive à Waterloo (1815) : « Ma gloire n’est pas d’avoir gagné quarante batailles. Waterloo effacera le souvenir de tant de victoires : ce qu’on n’effacera pas, c’est mon Code civil ».
*(2)
Dès lors, les forces européennes coalisées contre la France imposent la restauration d’une monarchie constitutionnelle qui, cette fois, prend en compte les acquis de la Révolution, en la personne de Louis XVIII, frère de Louis XVI. Le traité de Paris contraint le royaume à reconsidérer ses frontières pour revenir à celles de 1792. La parenthèse des Cents jours pousse Louis XVIII à l’exil. La chute définitive de l’empire (1815) et la mort de Louis XVIII (1824), propulsent son frère cadet Charles X sur le trône de France et intronise l’avènement d’une « seconde Restauration ». L’adoption de quatre ordonnances supprime la liberté de la presse, provoque la dissolution de l’assemblée et réforme le système électoral. Elle déclenche la Révolte des Trois Glorieuses et accélère sa chute. Le soulèvement du peuple parisien les 27, 28 et 29 juillet 1830 inaugure la Monarchie de Juillet et porte au pouvoir le duc d’Orléans, cousin de Charles X. Ce dernier prend le nom de Louis Philippe Ier,roi des Français.
La sculpture mise en vente par Expertissim, montage en « kit » de trois têtes sur un même support, attire alors l’attention du collectionneur sur l’interchangeabilité de celles-ci. Plusieurs hypothèses peuvent être suggérées afin d’en expliquer les raisons. La première, la plus probable, est la brièveté des régimes politiques, pressant alors le sculpteur Fagny, le commanditaire et le destinataire à s’adapter au déroulement de l’Histoire. Les affinités politiques, les sensibilités dynastiques justifient l’amovibilité des visages selon que l’on plébiscite la maison bonapartiste ou royaliste. La sculpture de Fagny, à l’origine réalisée pour un particulier bonapartiste, fut ensuite offerte à son ami royaliste Pierre Placy. Telles sont les
L’antiquité retrouvée !
Le début du règne de Napoléon Ier s’inscrit dans une volonté de régénérer les arts par les formes simples, claires, et classiques de l’antiquité grecque et romaine. Les conquêtes napoléoniennes marquent, quant à elles, le début de la diffusion du néoclassicisme en Europe. Fagny reproduit, ici, le modèle des statues équestres des Empereurs antiques et romains pour célébrer les fastes, l’héroïsme et la domination de l’Europe par la France : « c’est pur, c’est grand, c’est beau comme l’antique », s’exclame Jacques-Louis David en parlant de l’Empereur. On note également l’influence de deux modèles majeurs de l’Antiquité : la statue équestre de Marc Aurèle de Saint-Jean de Latran à Rome et les chevaux de Saint Marc de Venise, un temps exposés au sommet du Carrousel du Louvre. De même, la statue équestre personnifiant l’empereur n’est pas sans évoquer le tableau de Jacques-Louis David, Napoléon franchissant le Grand-Saint-Bernard, 1801, Rueil, Musée National du Château de Malmaison.
La ronde bosse en bronze de Napoléon Bonaparte, Charles X et Louis-Philippe réitère l’archétype des statues équestres des places royales françaises, exaltation de la monarchie absolue (place des Victoires ; place des Vosges ; place Vendôme ; place Louis XV, actuelle place de la Concorde ; place de la Bourse ; Promenade du Peyrou). L’effigie équestre de Louis-Philippe en habit traditionnel de lieutenant général peut être rapprochée de l’œuvre d’Horace Vernet (1789-1863), conservée au musée national du Château de Versailles, Louis-Philippe et ses fils devant le château de Versailles.
La belle poire !
Le visage singulier de Louis Philippe est du premier coup d’œil reconnaissable par sa physionomie en forme de poire. Le sculpteur propose une retranscription fidèle du souverain.
Bien qu’il ne s’agisse pas d’un portrait-charge, la figure de Louis-Philippe n’est pas sans rappeler les célèbres caricatures d’Honoré Daumier (1808-1879) publiées dès 1831 dans les journaux satiriques La Caricature et la Silhouette. On y retrouve des allégories figurant le souverain sous les traits d’une poire, simulacre dénonçant la violence et le climat politique de la monarchie de Juillet.
La statue équestre mise en vente par Expertissim, véritable condensée de la vie artistique et politique de ce début du XIXe siècle, présente un caractère exceptionnel. Le cavalier en grand uniforme, accueillant trois têtes de grands Hommes, est une pièce tout à fait stupéfiante provoquant l’émoi des amateurs d’art soucieux de s’en emparer !
FAGES Peter (Etudiant à l’Ecole du Louvre)
CONDITIONS GÉNÉRALES D'UTILISATION | MENTIONS LÉGALES | COPYRIGHT © 2009 EXPERTISSIM. TOUS DROITS RÉSERVÉS. (CONCEPTION GRAPHIQUE : AGENCE ADVITAM)