L'art et vous Les icônes croates

25/01/2011

Les icônes croates

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Expertissim présente aujourd’hui deux œuvres rares et précieuses : les grands fragments d’iconostase, un représentant saint Luc et saint Paul et l’autre saint Pierre et saint Jean dans deux médaillons peints à tempéra sur bois ornés d’un feuillage sculpté en bois doré. La forme spécifique de ces icônes s’explique par leur position d’origine dans la partie supérieure de l’iconostase. Notre expert propose la Croatie comme endroit probable de leur provenance.

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La Croatie et son entourage historique : influences artistiques

 

La Croatie est un exemple de territoire sur lequel plusieurs traditions se mêlent au cours de l’histoire.  Le processus de la christianisation des croates finit vers le XIe siècle. Au cours des VIIe et VIIIe siècles les principautés de Dalmatie (la région maritime de la Croatie) reconnaissaient le pouvoir de Byzance, tandis que la Croatie continental était sous l’emprise des francs. Dès le début de l’existence de l’état croate indépendant, c’est-à-dire au IX siècle, il était lié étroitement avec l’Ouest latin. Longtemps l’office religieux croate a présenté en soi la messe latine célébrée en slavon ecclésiastique selon les livres cyrilliques jusqu’à sa disparition définitive au milieu du XXe siècle. Au moment du Grand Schisme l’église croate est soumise à l’épiscopat du Vatican, mais elle garde des liaisons politiques étroites avec Byzance. Au milieu du XVe siècle au Nord du pays la domination d’Hongrie est remplacée par le pouvoir des turcs, peu de temps avant, en 1409, la Dalmatie devient une partie de la république de Venise. En 1526 en résultat du mariage dynastique de Ferdinand I la Croatie entre dans la maison des Habsbourg où elle reste jusqu’au début du XX siècle. En 1797 la Sérénissime Républiquede Venise restitue la Dalmatie après à l’empire d’Autriche, ouvrant la voie à une réunification du royaume Triunitaire de Croatie-Slavonie-Dalmatie.

Malgré la perte de l’indépendance de la Croatie, son église a toujours profité d’une autonomie considérable.

L’art latin exerçait toujours son influence sur l’art orthodoxe, surtout dans des pays de domination catholique comme Pologne, Transylvanie, Hongrie ou Croatie. Style baroque en Croatie Vers le XVII-XVIIIe siècles les architectes italiens et autrichiens ont apporté le style baroque en Croatie. Les édifices comme l’église de Sainte Catherine à Zagreb ou de Sainte Anne à Dubrovnik sont les premiers témoins de ce style chez les croates. La sculpture et la peinture religieuse de cette période ce caractérisent par une somptuosité exceptionnelle. Les renommés maîtres croates de la peinture baroque d’église sont Federico Benkovitch, B. Bobin. Ivan Ranger est connu pour les fresques allusionnistes du monastère de Lepoglava. Le XVIIIe siècle est le temps de l’épanouissement de la technique du bois sculpté en Croatie.

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L’art de l’icône traverse au XVIIIe siècle une période particulière. Sur tout le territoire de la culture d’héritage byzantin, c’est-à-dire, la Grèce, les Balkans, la Russie, se passent des changements importants. Le style universel baroque influence sérieusement ce domaine de la peinture connu pour son traditionalisme ardent. Les techniques et l’iconographie
européennes entrent dans les ateliers des iconographes. Les traits nationaux se distinguent maintenant à peine. La frontière s’efface entre l’icône - l’objet du culte, avec ces canons stricts, et le tableau académique, permettant plus de liberté d’expression à son créateur. L’icône se transforme en peinture religieuse. La discussion née de la légitimité même de l’utilisation du terme « icône » pour ce nouveau type d’œuvre. Si le canon iconographique des icônes se détermine par des « podlinniki » ou « hermeneiia », les recueils de normes écrits et des esquisses de la peinture des icônes, comprenant de vieilles règles traditionnelles ; la « peinture religieuse de table » se trouve sous une grande influence de l’imagerie du XVII siècle. (Une des sources favorites par des iconographes de cette époque est la Bible de Piscadeur).

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Les icônes croates, la peinture italienne et la tradition bizantine

 

En conséquence des relations politiques et surtout commerciales très proches, des liaisons artistiques étroites se forment entre la Croatie et l’Italie. La peinture religieuse de la Croatie du XVIIIème siècle absorbe aussi bien les tendances de la peinture italienne, que la tradition byzantine. 

Beaucoup d’églises et de monastères de Dalmatie possèdent les tableaux, qu’on attribue à l’école de peinture classique de Venise, dès le XVI-XVIII siècles. Les riches commerçants dalmates, qui ont affaire en Italie, les achètent et les donnent ensuite à quelque église de leur pays natal, ou bien on les commande à Venise. Ces tableaux du haut degré de perfection qu’avait atteint la peinture vénitienne à l’époque de Giambellini, du Titien, du Tintoret et de Véronèse, repoussent à l’arrière-plan les œuvres antérieures, plus modestes, des écoles de peinture locale qui gardent la tradition post-byzantine jusqu’au XVIIIe siècle.

Les icônes byzantines orthodoxes, de style tardif, pénètrent dans les régions catholiques de la Croatie malgré l’interdiction du culte orthodoxe faite par les gouverneurs vénitiens des villes dalmates au cours des XVIème – XVIIIème siècles. Elles restent tellement appréciées et vénérées par les croyantes dalmates et croates, que les Vénitiens, commerçants adroits, se mirent, dès le début du XVIème siècle à fabriquer des icônes destinées aux Balkans et au Levant et de même ils ajoutent à cette production les ateliers de Crète, qui étaient sous la domination de Venise à l’époque.

Nous pouvons constater une complexité étonnante du développement du style des icônes croates et dalmates au XVIIIème siècle. La terre de Croatie située au carrefour des civilisations de l’Est et de l’Ouest fait naitre une iconographie particulière et intéressante par la richesse des influences. Les fragments de l’iconostase présentés sur le site d’Expertissim nous en témoignent par sa technique ainsi que par son iconographie particulière.

 

Anastasia ZALOZINA (Etudiante à l'Ecole du Louvre)

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