L'art et vous « Les enfants sont des énigmes lumineuses » Daniel Pennac, Messieurs les enfants

12/08/2010

« Les enfants sont des énigmes lumineuses » Daniel Pennac, Messieurs les enfants

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Qui est-il ? Pourquoi est-il si sérieux ? Pourquoi pose-il avec tant d'attention, ce petit garçon qui ne semble pas avoir dix ans ?

Expertissim vous fait partager l'émoi que provoque la vue de ce portrait de jeune garçon croqué par J.F  Hollier au crayon et à l'aquarelle

 

POURQUOI UNE IMAGE SI GRAVE DES ENFANTS  ?

La figure de l'enfant, surtout dans le genre du portrait, est un sujet rare avant le XVIIIe, siècle.

Avant la Renaissance, la peinture d'enfant est très rare, et presque réservée au Christ ou à saint Jean-Baptiste. Mais au XVIe, époque où le portrait prend un véritable essor, l'art cherche un peu mieux à transcrire sur la toile la figure humaine.

François Clouet, peintre officiel des rois François Ie et Henri II, représente quelques portraits d'enfants, notamment ceux de « Marguerite de Valois, future reine », et de « Charles IX enfant », mais comme leurs noms l'indiquent, ces images sont des dessins officiels à but politique, chargés de diffuser prématurément et dans l'ensemble du royaume, une bonne image des futurs souverains.

Les portraitistes italiens du XVIe siècle vénitien sont un peu plus ouverts à l'image de l'enfant mais plutôt dans le genre du portrait de groupe ou de famille. En effet, l'artiste préfère les figurer dans un contexte particulier, où les enfants ne sont presque que des éléments décoratifs

et anecdotiques, au même titre que les animaux, les musiciens ou les bouffons que l'on met en scène sur des tableaux de fête. Le peintre italien de la Renaissance s'intéresse donc rarement à l'enfant pour lui-même mais lorsqu'on en fait un portrait, c'est, comme en France, la représentation d'enfants « fils de » car la peinture a  pour but de familiariser l'ensemble du peuple avec son futur souverain. Dans ces cas-là, les peintres sont des médias chargés de rendre publique une effigie princière.

Peu de changements au XVIIe, siècle de la peinture d'histoire Académique, où l'enfant intéresse peu, voire effraie. Les nourrissons, pas encore éduqués, peuvent parfois avoir des comportements plus proches de l'animal que de l'homme. Les artistes dépeignent donc des enfants mais en âge de sourire, en âge de savoir poser et de se tenir, des futurs adultes en quelque sorte, figures qui servent la dimension moralisatrice de la grande peinture académique. L'anatomie potelée enfantine n'est donc essentiellement une source d'inspiration que pour les figures mythologiques ou les putti. L'enfant jouant, l'enfant spontané et rieur, l'enfant tel qu'on le laisse s'épanouir aujourd'hui, est donc très peu représenté.

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LA PHILOSOPHIE AU SERVICE D'UNE REPRESENTATION PLUS HUMAINE  Parce que l'art est un témoin privilégié de l'histoire des idées et des mentalités, les grandes mutations artistiques se situent dans la droite ligne des révolutions philosophiques. Ainsi, le siècle des Lumières marque un tournant décisif dans l'histoire de l'art et du portrait. Suite à l'essor de nouvelles préoccupations philosophiques qui accordent une plus grande place à l'homme et à sa sensibilité, l'enfant intéresse d'autant plus les hommes de lettres et d'art. Selon les grands penseurs des Lumières, est un futur adulte,

un futur citoyen qui doit être éduqué avec précaution et attention. Ils prennent conscience de la prépondérance de l'enfant au sein de l'Etat et le placent alors comme noyau essentiel d'un Etat nouveau. Une éducation sensible, qui permettrait à l'Enfant d'apprendre par la découverte et la réflexion autonome et qui ne briguerait pas sa nature candide, est préconisée par J-J Rousseau dans ses retentissants ouvrages dont le plus célèbre et le plus développé sur ces questions de l'enfance est l'Emile ou de l'Education. Les artistes parviennent dès lors difficilement à ne plus être attentifs à l'innocence et à la spontanéité enfantine, caractères qui définissent si bien ces êtres en phase de découverte de leur environnement. 

*(3) Portrait  d'un garde national au crayon et aquarelle présenté par Expertissim. La pose et la retenue sont identiques à celle du garçonnet.

 

CES GRANDES PERSONNES QUI ONT TROP GRANDI :

Malheureusement, il faudra plutôt attendre le XIXe siècle pour véritablement pouvoir admirer des enfants purs et ingénus sur les toiles, des fillettes impressionnables et des jeunes garçons aux yeux écarquillés gourmands de savoir et de comprendre.

Il faut quand même souligner la mauvaise réception au salon des premières oeuvres qui représentent avec un naturalisme saisissant, presque anatomique, les nouveaux-nés que l'on qualifie de « rougeâtres », « brunâtres » ou imprévisibles.

La tradition du portrait d'enfant «officiel », en pose sage et retenue, persiste également bien après le siècle des Lumières, diffusant, même à petite échelle, une image convenable et respectable de l'enfant et de son éducation, du « fils de » et donc de sa famille. Sur les épaules du pauvre garçonnet portraituré repose en quelque sorte, la dignité de la famille.

Mais cette volonté de cacher ce qui a longtemps été perçu comme les défauts naturels d'un homme en construction, réside bien dans la peur de l'adulte de faire face à un comportement incompris, que la société n'a pas encore pu rectifier. Comme l'écrit si bien Julien Green dans Mon Premier Livre en anglais, "Les enfants sont les personnes les moins bien comprises de la terre, et c'est parce que la terre est gouvernée par des grandes personnes qui ont oublié qu'elles furent aussi des enfants." 

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Ce petit garçon présenté par Expertissim s'efforce donc de présenter la meilleure image de sa famille dont il est si fier et de son éducation parfaite qui l'a formé à se tenir avec droiture, comme un homme. Même ses vêtements, qui l'enserrent jusqu'au plus haut du buste, révèlent une éducation rigoureuse et inflexible. Malgré tout, ses grands yeux clairs écarquillés rêvent de se remplir, de connaître, et d'apprendre à comprendre. Sa chevelure blonde et son teint clair intact ne peuvent que renforcer l'impression de fraîcheur qui se dégage de cette figure juvénile .

 

Pauline Balayer (étudiante à l'Ecole du Louvre)  

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