12/08/2010
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Philippe Rey est un peintre de marine de la fin du XVIIIème siècle. La signature et la datation de ses toiles nous permettent de situer sa période d'activité entre 1770 et 1790. Philippe Rey est reçu à l'Académie comme peintre de paysage après une période d'apprentissage chez le célèbre « peintre de la Marine du Roi » Claude Joseph Vernet. On sait qu'il s'établit dans un atelier à Marseille où il se fera connaître et apprécié comme peintre de marine. Le musée des Beaux Arts de Marseille conserve quatre oeuvres de Rey fonctionnant sans doute en pendants. Le Paysage de pêcheurs devant un chantier naval sur une côte rocheuse présenté par Expertissim reflète le style de Philippe Rey par ses jeux sur les ombres et lumière, son travail des atmosphères, sa composition imaginaire ainsi que ses petites scènes narratives animées de pêcheurs.
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Les artistes et la mer, une inspiration poétique et intemporelle Parmi les aspects de la nature qui séduisent les artistes, la mer se place sans doute au premier rang. Au fur et à mesure des siècles, sa représentation évolue, elle passe de la représentation réaliste et documentaire de la Hollande du XVIIème à l'idéalisation antiquisante de Poussin ou fantaisiste de Vernet, elle est poétique et dramatique avec les romantiques ou encore industrielle et mouvementée avec les peintres modernes. La mer dans son aspect naturel est changeante, mouvante, elle révèle et contient en elle toute la force de la nature. La mer intrigue, fascine et effraie les hommes, c'est sans doute pour cela que de tout les temps, elle a été une source d'inspiration sans limite pour les artistes. La marine est un genre apparenté au paysage, il a pour sujet la mer et peut représenter les flots, les rives, les ports ou encore les scènes de tempêtes. La marine est un genre qui fait exception dans la peinture française. En effet depuis la fin du XVème siècle et en particulier sous l'impulsion du Cardinal Richelieu (1685-1642), la Marine française s'attache les services de peintres spécialistes comme Nicolas Ozanne (1728-1811) ou Claude Joseph Vernet (1714-1789). Ces peintres ont alors le droit d'embarquer sur les navires de la Royale quand ils le souhaitent, leurs oeuvres doivent témoigner des batailles navales ou de la vie portuaire. En 1753, le Marquis de Marigny, Directeur des bâtiments du Roi, commande à Vernet vingt-quatre tableaux de ports de France (seuls quatorze tableaux seront terminés) afin de témoigner de la vie portuaire: manière de louer la politique économique de Louis XV. Il faut cependant attendre la monarchie de Juillet pour que le titre de Peintre de la Marine soit officialisé et légiféré, le premier peintre officiel de la Marine est Théodore Gudin en 1830. La tradition de Claude Gellée et le paysage classique Claude Gellée dit « Le Lorrain » (1600-1682) peut être considéré comme le père de la Marine. Tous les artistes de paysage des XVIIIème et XIXème siècles ont retenu sa leçon sur les effets de lumière et s'inspirent de ses levers et couchers de soleil à l'atmosphère changeante. Comme le disait Baudelaire les peintres de paysages maritimes fixent « des états de l'atmosphère selon le lieu, l'heure et le vent ». Les ports imaginaires de Gellée avec leurs architectures néoclassiques baignés dans la lumière d'un soleil couchant sont de véritables « invitations au voyage ». Les marines de Gellée ne sont pas des paysages purs, elles présentent toujours de petites scènes figuratives relatant un épisode historique ou mythologique comme le Débarquement de Cléopâtre à Tarse de 1643 ou son Paysage avec Paris Oenone de 1648, tout deux conservés au musée du Louvre. Les marines de Claude Gellée ne sont pas seulement une leçon sur les effets du soleil et de l'atmosphère mais relèvent d'une philosophie complexe sur le paysage. Pour le Lorrain, le paysage se veut le reflet du théâtre du monde à la fois intemporel et constant. Ses vues de port à priori réalistes sont en réalité des recompositions imaginaires faites en atelier. L'artiste emprunte des vues de différents monuments qu'il croise à Rome et les met en scène dans son paysage
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La fantaisie des marines de Philippe Rey : l'influence de Vernet Philippe Rey hérite de la peinture de Claude Gellée autant dans la mise en scène de somptueux effets de lumière que dans l'idée de paysages recomposés et imaginaires. Philippe Rey est un élève de Claude Joseph Vernet. Ce dernier est à Rome en 1734 où il étudie les paysages maritimes du Lorrain. Vernet tout en s'inspirant de son ainé développe dans ses marines une sensibilité qui lui est propre. Tout d'abord il se détache du prétexte historique et mythologique cher à Gellée et le remplace par des scènes plus pittoresques et décoratives. Ses peintures sont plus émouvantes et font intervenir les sentiments humains. La nuit, un port au clair de lune, 1771, conservé au Louvre, met en scène des pêcheurs à la ligne ainsi qu'un groupe de personnages autour d'un feu. Philippe Rey, comme Henri d'Arles (1734-1784) ou Lacroix de Marseille (1710-1779), tous deux suiveurs de Vernet, n'aura de cesse de reprendre dans ses compositions ce type de personnages pittoresques. Dans la Marine présentée par Expertissim , des barques naviguent paisiblement sur les flots, des pêcheurs laborieux ou méditatifs ponctuent la scène tandis qu'un imposant navire semble débarquer. Dans une peinture de Tempête dans un port méditerranéen (vendu par Christie's Monaco en Juin 1995), Philippe Rey met en scène des figures de marins se débattant et luttant contre les flots déchainés, ainsi que des femmes l'air inquiet sur le port qui renforcent l'émotion de la scène. La peinture de Philippe Rey se reconnaît par ses paysages rocheux, l'artiste se plait à représenter en arrière plan d'imposantes montagnes rocheuses qui offrent un contre point impressionnant à la représentation de la mer : la marine en vente sur Expertissim est ponctuée de trois massifs rocheux qui procurent harmonie et force à la scène. L'artiste marseillais sous l'influence de Gellée, se plait à représenter des paysages recomposés. Il sélectionne des architectures rencontrées au cours de sa vie, et les replace en bord de mer dans ses compositions. Certaines architectures sont récurrentes dans ses oeuvres mais placées de différentes manières comme le Fort ou la ville antique dans une enceinte fortifiée. On retrouve le fort de la marine présentée par Expertissim au premier plan de la scène de tempête vendue par Christie's en 1995 et la ville antique fortifiée dans un paysage vendu par Christie's en 2007. Par leur poésie et leur charme pittoresque, les peintures de Philippe Rey suscitent encore l'émotion et la méditation des spectateurs. De Valenciennes à Corot : vers l'étude sur le motif Il est intéressant de noter qu'à la même époque, parallèlement aux paysages idéaux et imaginaires de Philippe Rey, Louis Dupont, Lacroix de Marseille et Henri d'Arles ; des artistes comme Pierre Henri de Valenciennes (1750-1819) ou son élève Victor Bertin (1767-1842) commencent à travailler sur le motif. Alors que leurs grandes peintures de paysages historiques ou mythologiques restent classicisantes et héroïques, leurs oeuvres plus modestes font preuve d'une forte observation du réel et d'une fraîcheur attachante. L'ensemble d'études d'huile sur papier de Valenciennes présentées au Louvre (vues des environs de Rome, vers 1780), sont toutes exécutées d'après nature avec une touche rapide et une simplicité des formes qui annoncent les paysages modernes de Corot (1796-1875) d'ailleurs élève de Bertin.
Marion Sailhen
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