26 juil. 2010 18:06:44
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Vivre avec son temps
Victor Vasarely , Vasarely de Pécs, ou Gyözö pour les intimes : qu’importe le patronyme sous lequel nous le connaissons, Vasarely fut, est et restera l’une des figures majeures de l’abstraction française. Pourtant, son avant-gardisme et son inventivité s’expliquent mieux par ses origines hongroises que par son adoption tricolore. Il pousse son premier cri à Pécs (Hongrie) le 9 avril 1906 – et non en 1908 comme il aimait le prétendre par coquetterie – ce qui explique son rapprochement précoce avec les courants modernes orientaux tels que ceux de Walter Gropius ou de Vassily Kandinsky. Bien plus attiré les nouveautés esthétiques de son temps que par les études de médecine dans lesquelles il s’était brièvement plongé, Vasarely entre au Muhëly en 1929, célèbre école annexe du Bauhaus implantée à Budapest . Il y apprend beaucoup, découvre l’abstraction et le constructivisme, que l’on retrouvera tout au long de son œuvre. Mais son modernisme et son envie de voyager le mènent un an plus tard à Paris où il travaille chez Havas et chez Draeger : cette première expérience professionnelle lui permet de poser les fondements de son style à savoir le travail de la ligne, des ombres et des lumières , des matières et des couleurs. Commence alors la période dite graphique – celle de la peinture viendra plus tardivement – caractérisée par un surgissement des formes et des reliefs d’entre des réseaux optiques monochromes complexes. Vasarely commence à mettre à profits ses connaissances scientifiques , mais ce n’est que le début.
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L’insaisissable cinétique
L’artiste de Pécs prit de plus en plus goût pour l’abstraction , ayant conscience qu’elle pouvait, tout aussi bien que la figuration, suggérer le réel. Dans les années 1940, il quitte « ses fausses routes » comme il aimait les appeler (période de figuration picturale assez poussée) pour mieux s’orienter vers la modernité . Les historiens de l’art retiennent surtout la période Belle-Isle (1947-1958) comme point de départ véritable du style Vasarely, une période initiée par un voyage à Gordes et à Belle-Isle durant lequel il prend conscience que « la forme pure et la couleur pure peuvent signifier le monde ». Il compose alors les œuvres avec génie en combinant ses recherches sur le mouvement , ses recherches esthétiques nées des observations du mur craquelé de la station de métro parisienne Denfert-Rochereau et des entités géométriques qui servent à animer la composition et à accentuer les jeux d’ombres et de lumières .
Chaque entité est très soigneusement disposée l’une par rapport à l’autre afin de figurer un ensemble cohérent : l’axonométrie particulière choisie par Vasarely donne à la composition une seule orientation de lecture. Les formes créent entre elles une synergie particulière qui provoque une ébauche de
Durant les années 1950 et 1960, Vasarely transforme l’art cinétique en un art uniquement monochrome, afin de se concentrer toujours plus sur les effets de mouvement. Les formes géométriques vont jusqu’à se déformer et se retourner sur elles-mêmes comme si la surface de l’œuvre n’était pas plane. Il définit enfin son art dans le Manifeste jaune, un livre de « recettes » de l’art cinétique, qui eut l’avantage de donner de nombreuses clefs de lecture : la « plastique cinétique » telle qu’il l’appelle, sera par la suite réemployée à des fins artistiques mais aussi ludiques. Vasarely eut le don d’assujettir la perception à l’image.
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Après le Pop Art, il y a l’Op’ Art
Mais Vasarely pousse plus loin son expérience cinétique car le mouvement n’est pas le seul but recherché. Il crée dans les années 1970 un véritable alphabet plastique abstrait, une sorte de langage universel qui sert de point de départ à des combinaisons mobiles colorées : le plasticien baptise ces nouvelles œuvres « perpetuum mobile en trompe l’œil ». Il incite le spectateur à jouer avec l’image qu’il doit interpréter et s’approprier, déclenchant ainsi une interactivité encore inédite dans le monde de l’art. Le mouvement Vasarely semble se créer virtuellement de lui-même en partant d’une ligne, laissant croire à un départ qui ne se réalise jamais.
En 1965, il participe à l'exposition consacrée à l’Art Optique au Musée d'Art Moderne de New York baptisée "Responsive Eye". Il est désormais le Père officiel du Op’ Art (Art Optique). Dans les années 1970, Vasarely atteint l’apogée de l’illusion en imaginant un espace vide et profond dans lequel les lignes déformées tentent de s’échapper pour devenir formes. On disait des ces œuvres (« Feny » ou « Vega Tek ») qu’elles reproduisent les pulsations cosmiques qui rythment les galaxies, ou bien même, la naissance et le mouvement biologique d’une cellule.
L’art est devenu Création du mouvement originel.
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Pauline Balayer (étudiante à l'Ecole du Louvre).
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